Le vétérinaire a un rôle dans la prise en charge du bien-être animal 

RÉFLEXION
La santé animale ne se raisonne plus uniquement sous l’angle de la prévention des maladies mais aussi sous celui de la santé mentale et du bien-être. Le vétérinaire a un rôle à jouer dans cette nouvelle dimension.
Le rôle traditionnel du vétérinaire est de préserver un bon état de santé de l’animal en pratiquant un art qui lui permet de diagnostiquer, de traiter ou de prévenir toutes affections physiques et/ou comportementales.
Récemment, les progrès continuels des neurosciences ont fait état chez les animaux de preuves de conscience et de ressentis affectifs à l’origine de comportements intentionnels élaborés.
Le traité de Lisbonne (2007), la déclaration de Cambridge (2012), l’article 515-14 de notre Code civil (2015) élèvent les animaux au statut d’êtres vivants dotés de conscience et doués de sensibilité.
Dès lors, la santé animale ne saurait se résumer à la simple absence de maladies et devrait s’envisager sous l’aspect complémentaire d’une bonne santé mentale autorisant l’animal à bien vivre, c’est-à-dire en harmonie avec son environnement.
Déjà, le lien entre affection chronique douloureuse et les troubles comportementaux associés (anxiété, dépression, troubles compulsifs et du sommeil) est bien connu et particulièrement délétère par son mode d’évolution circulaire.

DEPRESSIFS ET DOULOUREUX
Ainsi, les animaux douloureux chroniques sont plus rapidement dépressifs et les dépressifs sont plus vite douloureux.
Les troubles du sommeil abaissent les seuils douloureux qui eux-mêmes altèrent la qualité du sommeil réparateur.
Le handicap lié à la maladie rend l’environnement contraignant et toutes les mesures agrémentant ce dernier (escabeau, rampe d’accès, matelas à mémoire de forme, surélévation de la gamelle, utilisation de harnais ou de ceinture lombaire...) ont montré leur efficacité.
Soigner l’animal conscient et sensible dans sa globalité (c’est-à-dire santé physique, comporte- mentale et mentale) et dans un environnement harmonieux permettrait d’affirmer les compétences vétérinaires dans ce sujet sociétal du bien- être animal (BEA).
Plus qu’une réflexion éthique et philosophique, cette question a le mérite de faire réfléchir à une concurrence économique nouvelle surfant sur les sujets sociétaux d’actualité : les centres de BEA se développent en France, proposant des services de physiothérapie, voire même des consultations d’aromathérapie, de digipression sans l’intervention de vétérinaires.
Comment le vétérinaire praticien canin peut-il devenir le référent du BEA alors que sa formation ne l’a pas prédestiné pour et que la définition même du BE est au cœur de débats philosophiques, scientifiques, sociaux, économiques et politiques ?

METHODE APPLICABLE A LA PRISE EN CHARGE DU BEA
Nous proposons de décrire une méthode applicable à la prise en charge du BEA en pratique vétérinaire, dans le cadre des situations suivantes :

  1. Rôle du vétérinaire dans la prise en charge du bien-être des animaux dans le cadre d’une intervention chirurgicale ;
  2. Rôle du vétérinaire dans la prise en charge du bien-être des animaux dans le cadre d’une consultation de médecine ;
  3. Rôle du vétérinaire dans la prise en charge du bien-être des animaux dans le cadre de la médecine préventive ;
  4. Rôle du vétérinaire dans la prise en charge du bien-être des animaux et la prévention des douleurs induites ;
  5. Rôle du vétérinaire dans la prise en charge du bien-être des animaux dans le cadre de la relation client.

Nous retiendrons la définition du BEA qui permet de synthétiser les concepts d’harmonie de l’animal avec son environnement, ses capacités d’adaptation et l’absence d’émotions négatives :

  1. Absence de soif et de faim ;
  2. Absence d’inconfort ;
  3. Absence de blessures et de maladies ;
  4. Absence de douleur, de peur et de stress chronique ;
  5. Liberté d’exprimer un comportement naturel.

Ces cinq critères permettent au vétérinaire de « penser bien-être animal » et de relier la bonne santé physique à l’absence de troubles comportementaux pour une meilleure qualité de vie dans un environnement donné.

Garantir le bien-être animal lors des interventions chirurgicales

Rétablir durablement le bien-être d’un animal candidat à une chirurgie impose de prévenir la transformation des douleurs péri-opératoires en douleurs chroniques (DCPO).
Les facteurs prédictifs de survenue des DCPO rejoignent sans surprise les altérations des cinq critères définissant le bien-être animal.

Absence de blessures et de maladies

L’histoire individuelle de l’animal doit être connue car la sévérité des blessures et maladies préalables à la chirurgie conduit à la sensibilisation périphérique (soupe inflammatoire) et centrale (wind up et ouverture des canaux NMDA), à la mémorisation et donc à la vulnérabilité de l’animal.
Plus cet historique est chargé d’affections inflammatoires et de composantes neuropathiques, plus la stratégie analgésique sera multimodale et adaptée à l’animal opéré.
Le moniteur Mdoloris ND permet d’évaluer la variabilité du rythme cardiaque et la balance parasympathique/sympathique, reflet du rapport antinociception/nociception chez un animal anesthésié.
La prévention de maladies consécutives à l’acte chirurgical (dont les infections nosocomiales) repose sur des règles d’hygiène (lavage des mains, désinfection locale), de pose de cathéter, de système de drainage et d’une utilisation raisonnée des antibiotiques.

Absence d’inconfort

Le positionnement sur les tables de chirurgie doit respecter le confort des animaux opérés : les points de pression sur des surfaces métalliques froides, les tractions exagérées sur les membres, les positions sous contraintes sollicitent douloureusement les articulations arthrosiques et les masses musculaires atrophiées.
Différents dispositifs sont facilement utilisables : matelas anti-escarres à mémoire de forme, coussins préformés, coussins à dépression, tapis chauffant...
Le confort de l’animal hospitalisé est recherché : séparation des chiens et des chats dans des chenils aérés et chauffés, manipulation et traitement en dehors des cages, sortie régulière des chiens, satisfaction des besoins fondamentaux, cages en hauteur pour les chats et non exiguës (50 x 100 x 50 cm) permettant de respecter leur organisation territoriale, éclairage doux, limitation des bruits et des odeurs (produits désinfectants), alèses propres renouvelées régulièrement, objets familiers...
Enfin, le personnel soignant développera des techniques de nursing et de massages doux afin d’éviter l’assimilation systématique aux gestes aversifs.

Absence de faim et de soif

Le jeûne pré-anesthésique réduit les risques de vomissements, de reflux gastro-œsophagien et de fausse déglutition. La vacuité digestive diminue la pression sur le diaphragme et la veine cave caudale, améliorant l’expansion pulmonaire et le retour veineux.
Cependant un jeûne trop prolongé augmente l’acidité gastrique, les risques d’hypoglycémie et de complications septiques.
Une alimentation exclusivement parentérale est à l’origine d’atrophie du pancréas, des muqueuses gastrique et colique, d’une hypoplasie de la muqueuse intestinale.
Une réalimentation précoce contrarie l’état catabolique induit par les réactions inflammatoires post-chirurgicales et préserve toutes les fonctionnalités du tube digestif.
Une alimentation hyperdigestible liquide, de rapport protido-calorique élevé, supplémenté en acides gras, oligo-éléments et vitamines, distribuée 3 à 5 fois par jour est recommandée.

Absence de douleur, de peur et de stress chronique

L’état anxieux (réaction émotionnelle déplaisante qui accompagne le stress de la chirurgie) est très fréquemment associé à la survenue de douleur chronique.
Le support physiopathologique de ce facteur prédictif repose sur l’hyperalgésie induite par les opioïdes endogènes.
Peur et stress se rejoignent pour tendre à sous- traire un être vivant à des contraintes environnementales perturbant son état d’adaptation (agressions par exemple).
Peur et stress se distinguent par leurs vertus opérantes (peur) ou non opérantes, injustifiées et surchargeant les systèmes de régulation (stress).
Stress et douleur sont intimement liés puisqu’ils partagent la même activation des systèmes neurovégétatifs et neuro-endocriniens.
Les animaux anxieux bénéficieront avec profit des phéromones DAP (dog apaisine pheromone), fractions F3 (Feliway ND) ou F4 (Felifriend ND) ou bien de la prescription d’alpha-casozépine aux propriétés GABAergiques anxiolytiques.

 

Le monitoring per-opératoire de la douleur pourra dans un proche avenir être réalisé par la prédiction de la réactivité hémodynamique et la mesure de la composante parasympathique du SNA de l’animal (PTA : Parasympathic Tone Activity).

Le moniteur Mdoloris ND permet d’évaluer la balance parasympathique/ sympathique, reflet du rapport antinociception/ nociception chez un animal anesthésié.
La mesure du tonus du parasympathique permet d’ajuster le niveau de confort et de vérifier l’absence de douleur de l’animal anesthésié.

Le concept d’analgésie préventive est toujours d’actualité même si les observations cliniques en chirurgie humaine contestent la réalité du bien fondé de son application stricto sensu.

La stratégie analgésique balancée moderne fait intervenir la prévention de la sensibilisation par modulation des voies excitatrices (antihyperalgésie) et la prise en compte de la prévalence des douleurs neuropathiques par le respect des 6 points suivants :

  1. Sédation de qualité et réduction des impacts de stress et de peur ;
  2. Analgésie raisonnée, de qualité, prolongée et individualisée : choix d’opioïdes efficaces et puissants en recherchant l’épargne morphi- nique par l’anesthésie loco-régionale, la kéta- mine, les AINS... ;
  3. Anti-hyperalgésie (kétamine, anesthésiques locaux, gabapentine...) ;
  4. Absence de hiatus algique (couloir analgé- sique) pour éviter l’hypersensibilisation ;
  5. Chirurgie atraumatique ;
  6. Evaluation standardisée de la douleur.

Une attention toute particulière sera portée enfin à la prévention des douleurs induites par les gestes diagnostiques et/ou thérapeutiques : voie intraveineuse privilégiée, anesthésie loco-régionale, crème anesthésiante...

 

LibertÉ d’exprimer un comportement naturel

Les hospitalisations de courtes durées seront privilégiées. Des objets familiers (paniers, jouets...) rassurent les animaux.
Des espaces plus larges peuvent être aménagés (chenils d’extérieur) et la compagnie d’autres animaux de la même espèce, autorisée en l’absence de contagiosité possible ou de conflits latents.
Les sorties à l’extérieur ainsi que les visites des propriétaires tendent à la transition vers le retour à un environnement naturel.