DURÉE OPTIMALE DES OPIOÏDES EN POST-OPÉRATOIRE


Rebecca E. Scully et al.

Defining Optimal Length of Opioid Pain Medication Prescription
After Common Surgical Procedures

JAMA Surg.
 Published online September 27, 2017.


 

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Aux États-Unis, la sur-prescription de médicaments contre la douleur a été impliquée comme un moteur de l'épidémie croissante de surconsommation d'opioïdes.
Cependant, peu de directives existent concernant la pertinence des prescriptions d’opioïdes pour lutter contre la douleur après une chirurgie.
Les recommandations actuelles de l'American Pain Society et d'autres se concentrent sur la gestion adéquate de la douleur après une intervention chirurgicale. Mais elles ne disent que peu de choses sur la longueur optimale des prescriptions d’opioïdes en chirurgie ambulatoire.
Par conséquent, les auteurs de cet article ont voulu décrire des schémas de prescription d'opioïdes après des interventions chirurgicales courantes, et déterminer la pertinence des prescriptions ainsi que le taux de renouvellement d’ordonnance.


Cet article est intéressant car il montre pendant combien de temps les patients humains reçoivent des opioïdes après une chirurgie – la durée de traitement est beaucoup plus longue que ce que nous prescrivons nos patients animaux.
Les auteurs ont examiné les ordonnances du personnel militaire naïf aux opioïdes (aucune utilisation d'opioïdes en un an) pour 8 opérations courantes au cours de la période de 2005 à 2014.
L'âge médian était de 40 ans, 50% d'hommes, et ils ont été regroupés selon 8 procédures chirurgicales courantes.

Ces procédures pourraient être classées en 3 types de chirurgie.

1. Une procédure de chirurgie générale (cholécystectomie, appendicectomie ou réparation d'une hernie).

2. Une intervention orthopédique (réparation du ligament croisé, réparation de la déchirure de la coiffe des rotateurs ou discectomie).

3. Une procédure gynécologique (mastectomie ou hystérectomie).

Les patients ont été exclus s'ils avaient été traités avec des narcotiques au cours des 6 derniers mois et s’ils avaient reçu des ordonnances pour un traitement de plus de 30 jours. Comme on peut s'y attendre pour un groupe de militaires, il y avait peu de comorbidités (ex hypertension, coronopathie).
Les auteurs ont examiné 215 140 patients soit 50% de la cohorte initiale après exclusions.
Voici ce qu'ils ont trouvé :

La durée moyenne d'une ordonnance variait selon le type d'intervention chirurgicale allant de 4 à 7 jours. Des prescriptions de 4 jours ont été données pour l'appendicectomie, la cholécystectomie, la réparation du ligament croisé antérieur, la réparation de la coiffe des rotateurs et l'hystérectomie. La réparation de la hernie et la mastectomie avaient une durée moyenne de prescription de 5 jours et une discectomie de 7 jours.

  1. Les renouvellement d’ordonnance ont été stratifiées en fonction de la durée de la prescription dans l'ordonnance initiale. Autrement dit, une ordonnance d'une journée était renouvelée 43% du temps, tandis qu'une ordonnance de 14 jours était renouvelée beaucoup moins fréquemment. Les taux de renouvellement d’ordonnance variaient également avec la procédure de 10,7% pour les interventions chirurgicales générales avec prescription initiale de 9 jours, 32,5% pour les procédures orthopédiques avec prescription initiale de 15 jours et 16,8% pour les procédures gynécologiques avec prescription initiale de 13 jours.

Les auteurs ont conclu que la durée optimale de la prescription d'opioïdes après des interventions chirurgicales courantes se situe vraisemblablement entre la longueur médiane de la prescription et le nadir précoce dans la probabilité de renouvèlement modélisée.
☞  Ceci est de 4 à 9 jours pour les procédures de chirurgie générale, de 4 à 13 jours pour les procédures gynécologiques chez la femme, et de 6 à 15 jours pour les procédures musculo-squelettiques.
 

Quelle est la durée de prescription d’opioïde chez nos patients ?
Utilisons-nous les molécules adéquats ?

La durée de prescription est beaucoup plus courte qu’en médecine humaine, est-ce simplement par habitude ?
Est-ce basé sur des données factuelles ?
Ou est-ce parce que nous ne savons pas reconnaître la douleur chez nos patients ?
Ces réflexions soulignent l'importance d'utiliser une échelle de douleur pour mesurer la réponse aux médicaments.

Les auteurs ont considéré qu'une durée de 7 jours de prescriptions initiales d'opioïdes était adéquate pour de nombreuses procédures générales et gynécologiques communes (que faisons-nous pour les ovariohystérectomies?).
Mais pour les patients subissant des interventions orthopédiques et neurochirurgicales, une prescription de seulement 7 jours peut être inadéquat dans la gestion de la douleur.
Il semble que les procédures orthopédiques et neurochirurgicales nécessitent 14 jours d'opioïdes.

PERCEPTION DE LA PRISE EN CHARGE DE LA DOULEUR PAR LES PROPRIETAIRES

Heuberger R et al.

Companion animal owner perceptions, knowledge, and beliefs regarding pain management in end-of-life care.

Top Companion Anim Med 2016; 31(4): 152-159

Steagall PV et al

Perceptions and opinions of Canadian pet owners about anaesthesia, pain and surgery in small animals.

J Small Anim Pract 2017; 58(7): 380-388.


Simon B et al

Perceptions and opinions of pet owners in the United States about pain management, anesthesia, and surgical pain in dogs and cats

Vet Anaesth Analg 2017; 44(5): 1262.e1263.


3 articles provenant de différentes régions des États-Unis et du Canada ont compilé l'opinion des propriétaires d'animaux de compagnie sur la gestion de la douleur lors des soins de fin de vie, lors d'anesthésie chirurgicale et l'analgésie post-chirurgicale.
Les données ont été obtenues en distribuant des enquêtes qui ont été créées par des groupes d'experts, et les résultats ont été analysés par plusieurs méthodes statistiques.

L’article de Heuberger porte sur l’attitude des propriétaires à l'égard des soins de fin de vie, sur la qualité de vie de leur animal et sur la gestion de la douleur.
Les participants (n = 986) ont été recrutés via les médias sociaux dans les états du Michigan et du Colorado aux États-Unis.
Les propriétaires ont estimé que l'euthanasie d'un animal de compagnie souffrant une douleur non atténuée par les analgésiques était appropriée (87%).
Les propriétaires qui possédaient plusieurs animaux de compagnie (chats et chiens) et les propriétaires qui avaient précédemment possédé un autre animal montraient de plus grandes préférences (p <0,05) pour l'euthanasie d'un animal de compagnie souffrant de douleur non atténuée.

L'article de Simon a évalué les attitudes des propriétaires à l'égard de la douleur chirurgicale, de la gestion de la douleur péri-opératoire et de l'anesthésie.
8 hôpitaux vétérinaires au Texas, à Washington DC, en Floride, en Oregon et au Massachussets ont chacun distribué 200 enquêtes.
Le taux de réponse était de 948 questionnaires remplis sur 1600 (60%).

Les propriétaires ont rapporté que la prescription d’analgésiques lors d’interventions chirurgicales étaient «toujours nécessaires» plus fréquemment que pour lors d’affections médicales.
Avoir des informations concernant la récupération de l’animal après la chirurgie (99%) et avoir l'assurance par le vétérinaire que l'animal a une gestion adéquate de sa douleur (98%) étaient considérés comme importants ou très importants pour les propriétaires.
La plupart des propriétaires étaient d'accord pour dire que la douleur affecte la qualité de vie des animaux (81%) et que la douleur affecte les interactions de l’animal avec la famille et avec les autres animaux domestiques (73%).
Les personnes sondées plus âgées (> 46 ans), les femmes, les propriétaires qui avaient eux-mêmes subi une chirurgie ou qui avaient un animal de compagnie qui avaient subi une chirurgie et ceux qui travaillent dans les professions de santé comprenaient mieux la douleur.

Le papier Steagall est de conception identique au papier Simon.
6 hôpitaux vétérinaires canadiens au Québec, au Nouveau-Brunswick, en Ontario, à l'Île-du-Prince-Édouard et à Calgary ont chacun distribué 200 questionaires.
Le taux de réponse était de 849 questionnaires complétés sur 1200 (70%).
Les propriétaires ont rapporté que les analgésiques pour les interventions chirurgicales étaient «toujours nécessaires» plus fréquemment que les analgésiques pour les conditions médicales.
La plupart des propriétaires étaient d'accord pour que la douleur affecte la qualité de vie (94%) et affecte le comportement de leur animal de compagnie (90%).
La plupart des répondants (69%) étaient des femmes et étaient significativement plus préoccupées que les hommes par l'anesthésie, la douleur et la communication avec le vétérinaire.
Les propriétaires de chats pensaient que les analgésiques étaient plus souvent nécessaires pour certaines procédures que les propriétaires de chiens.
Les propriétaires d'animaux de compagnie qui avaient eux-mêmes subi une chirurgie auparavant étaient plus souvent d'avis que «la douleur après la chirurgie peut être utile» et que «la douleur chez les animaux est facile à reconnaître» par rapport aux propriétaires qui n'ont pas eu de chirurgie précédente.

☞ Tous les articles montrent que les propriétaires de diverses régions d'Amérique du Nord sont préoccupés par la douleur et veulent des analgésiques appropriés pour leurs animaux de compagnie pendant et après la chirurgie.

☞ Certains sous-groupes de propriétaires tels que les femmes, les propriétaires d'animaux qui ont eux-mêmes subi une chirurgie ou ont eu des animaux de compagnie qui ont subi une chirurgie, et les propriétaires des chats sont plus préoccupés par une analgésie adéquate que les autres propriétaires (par exemple les hommes).

☞ Tous les auteurs ont conclu qu'une meilleure communication sur l'utilisation des analgésiques est nécessaire, qu’elle peut être améliorée et qu’elle conduira à une plus grande satisfaction de la clientèle.

 


BUPRENORPHINE LONGUE ACTION

Taylor PM et al.

Pharmacokinetic and pharmacodynamic evaluation of high doses of buprenorphine delivered via high-concentration formulations in cats.


J Feline Med Surg 2016;18(4):290-302.

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Doodnaught GM et al.

Pharmacokinetic and pharmacodynamic modelling after subcutaneous, intravenous and buccal administration of a high-concentration formulation of buprenorphine in conscious cats.
 

PLoS One 2017;12(4):e0176443.

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Les formulations de buprénorphine en médecine vétérinaire avaient jusqu'à récemment une durée d'action de 6-12 heures.
Ces dernières années, des formulations de buprénorphine à plus longue durée d'action ont été développées aux Etats-Unis.
Il en existe deux types :

  1. Préparations à libération prolongée (SR), pour lesquelles la libération du médicament en sous-cutané est graduelle en raison de l'addition d'un composé à libération prolongée (DL-lactide-co-caprolactone)
  2. Préparations de forte concentration.

Buprénorphine-SR (wildpharm.com), est une formulation qui fournit une analgésie pendant 72 heures.
Cette molécule n'est pas pour l’instant approuvée par l’agence américaine du médicament.
Il s’agit d’une préparation extemporanée, ce qui explique une disponibilité moindre pour les vétérinaire et un tarif plus onéreux.
Simbadol® (zoetisus.com), est une formulation à haute concentration de buprénorphine.
Il s'agit d'une formulation concentrée (1,8 mg / ml) par rapport à la buprénorphine injectable standard
(0,3 mg / ml).
Il est approuvé par l’agence américaine du médicament pour être utilisé comme analgésique une fois par jour chez les chats jusqu'à 3 jours et est disponible aux États-Unis depuis 2 ans.
Il n'est pas encore disponible en Europe, mais Zoetis demande son approbation à l'Agence Européenne des médicaments.

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Un des avantages de l'utilisation de la buprénorphine à des doses recommandées chez les chats est qu'elle procure une analgésie modérée sans sédation excessive. Elle présente également un plus faible risque d’effets secondaires communs aux agonistes des récepteurs µ-opioïdes (par exemple bradycardie, dépression respiratoire).
Un inconvénient de la buprénorphine est sa grande affinité pour le récepteur µ-opioïde, qui inhibe les effets des agonistes µ-opioïdes complets (par exemple la morphine), s'ils sont utilisés en même temps.

L'étude de Taylor 2016 a montré que la meilleure dose et la meilleure voie d’administration du Simbadol® est:
0,24 mg / kg en sous cutané toutes les 24 heures.
Ceci est très différent de l'utilisation traditionnelle de la formulation buprénorphine humaine injectable (l'administration SC n'est pas recommandée). Lorsque le Simbadol® est administré à 12 fois la dose habituelle (12 x 0,02 mg / kg), l'effet de plafond de la buprénorphine est limité.
Cette dose plus élevée ne provoque pas une analgésie plus importante, mais prolonge la durée d'action.
La plupart des chats tolèrent mal l'administration de médicaments par injection, et réduire la fréquence des injections à une fois par jour peut potentiellement améliorer la prise en charge de la douleur féline.
En augmentant la concentration de buprénorphine dans la formulation, une dose plus élevée peut être administrée dans un volume plus petit par rapport aux formulations actuelles.
L'ajout d'un conservateur à la formulation permet en présentation en flacon multi-ponctionable tout en garantissant la stabilité du produit.
Cette étude montre que cette nouvelle formulation n'a pas d’influence sur l'efficacité de la molécule ou sur l’apparition  d’effets secondaires.
☞ Un autre avantage de ce dosage est l'efficacité de la voie SC.
Cette voie est moins désagréable pour le chat et plus facile pour le manipulateur que les voies intramusculaires (IM) ou intraveineuses (IV).
La diffusion lente de la voie SC permet d'administrer une dose plus élevée.
Cela permet à la dose élevée de produire une concentration plasmatique adéquate, produisant ainsi une analgésie prolongée.
L'étiquette recommande l'administration de Simbadol® 1 heure avant la chirurgie, et les injections peuvent être répétées toutes les 24 heures pour un total de 3 doses.

Alors que l'étude de Taylor 2016 décrit les propriétés pharmacodynamiques (PD) et pharmacocinétiques (PK) de Simbadol®, elle n'a pas testé les propriétés analgésiques de Simbadol®.
Le but de l'étude Doodnaught 2017 était de décrire les propriétés PK / PD du Simbadol® chez les chats et d'évaluer son effet en tant qu'analgésique via un modèle standard d'antinociception à la chaleur.
Les capacités à tolérer des stimuli de chaleur / douleur (seuil thermique) ont significativement augmenté après l'administration de Simbadol®.
Comparé à la buprénorphine standard (0,3 mg / ml), les périodes où la concentration plasmatique est considérée comme analgésique était  de 1 à 24 heures en SC, 0,5 à 8 heures en IV 1 à 8 heures par voie buccale.
Les propriétés analgésiques testées selon le modèle des plaques thermique ont montré une efficacité sur des périodes après administration allant de 1 à 30 heures pas voie SC, de 1 à 8 heures par voie IV et de 1 à 12 heures par voie buccale.
La demi-vie d'élimination était de 12,3 heures.
La biodisponibilité pour la voie SC était de 94% et pour la voie buccale était de 24%.
L'absorption SC était biphasique. Un pic initial (0,08 heure) a été suivi d'une absorption lente (demi-vie de 11,2 heures) et progressive (accélération maximale à 2,8 heures).
☞En résumé, l'administration SC de Simbadol a été caractérisée par une demi-vie d'absorption prolongée et des concentrations plasmatiques soutenues produisant une analgésie de longue durée (24 à 28 heures).

 

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OLIGOANALGESIE

SIMON BT, SCALLAN EM, CARROLL G, ET AL.


THE LACK OF ANALGESIC USE (OLIGOANALGESIA) IN SMALL ANIMAL PRACTICE.


 J SMALL ANIM PRACT 2017;58(10):543-554.   DOI : 10.1111/JSAP.12717

 

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Les objectifs de cette revue bibliographique sont:

  1. de discuter de « l'Oligoanalgésie», ou incapacité à reconnaître et à fournir une analgésie chez les patients souffrant de douleur aiguë,
  2. de suggérer des méthodes pour améliorer la reconnaissance et le traitement de la douleur.

L'incapacité à traiter la douleur aiguë péri-opératoire peut entraîner une sensibilisation périphérique et centrale, ainsi que le développement de douleurs neuropathiques et d’allodynie.

PRÉVALENCE ET GESTION DE LA DOULEUR

Depuis les années 1980, la prise en charge de la douleur a été reconnue à la fois comme un défi et comme un problème historique en pratique des petits animaux. Les auteurs ont fourni des tableaux décrivant la prévalence de l'oligoanesthésie dans 14 études mondiales de 1993 à 2015.
Des études sur l'analgésie au sein des services de soins intensifs vétérinaires et d'urgence ont révélé que seulement 25% des chiens et 50% de l’ensemble des patients douloureux recevaient une analgésie multimodale.
Les vétérinaires doivent être capables de reconnaître, catégoriser et évaluer objectivement les patients pour un traitement efficace.
Les propriétaires connaissent le comportement normal de leur animal, mais ils manquent d'informations dans l'évaluation de la douleur, ce qui implique qu'ils ont du mal à reconnaître la douleur chez leurs propres animaux.

Dans les années 90, des études évaluant l'utilisation d'analgésiques postopératoires dans un hôpital d'enseignement vétérinaire ont révélé que seulement 40% des chiens et 15% des chats avaient reçu une analgésie après une intervention chirurgicale.
Les patients transférés  en chirurgie plutôt qu’en hospitalisation de soins intensifs étaient moins susceptibles de recevoir des analgésiques péri-opératoires. Cet écart a été attribué aux différences de surveillance entre l'unité de soins intensifs et le service de chirurgie : les unités de soins intensifs ont généralement une surveillance accrue et peuvent efficacement identifier et gérer les effets indésirables potentiels induits par l'analgésie s'ils surviennent.
Dans une étude Canadienne sur l’ensemble des vétérinaires questionnés, moins de 45% des chats et 40% des chiens subissant une chirurgie abdominale (sauf  ovario-hystérectomie) ont reçu une analgésie post-incision.
Dans une étude Britannique, dans seulement 53% des cas, les vétérinaires administraient des analgésiques aux chiennes subissant une ovario-hystérectomie.

FACTEURS AFFECTANT L'ADMINISTRATION D’ANALGÉSIQUES

Facteurs historiques

L'absence d'analgésie prescrite dans les années 1980 et 1990 peut être multifactorielle.
Les effets indésirables associés aux analgésiques, en particulier aux opioïdes, ont peut-être persuadé les vétérinaires d'éviter leur utilisation, sauf dans les cas de douleur intense.
Pendant cette période, notre compréhension de la physiopathologie de la douleur en médecine vétérinaire se développait, et les moyens validés pour évaluer la douleur chez les chiens et les chats étaient inexistants.
Les vétérinaires n'ont probablement pas appris l'évaluation de la douleur dans leur programme d'études vétérinaires.
Les études décrivant les avantages du traitement de la douleur (amélioration des résultats pour les patients, réduction du temps d’hospitalisation) manquaient également, ce qui compliquait la tâche des vétérinaires qui ne voyaient pas les avantages à long terme.

Avec une meilleure compréhension de la physiologie de la douleur, l'évaluation et la thérapie, et une plus grande importance de la gestion de la douleur enseignée dans le curriculum vétérinaire, l'utilisation de l'analgésie péri-opératoire dans la pratique courante a augmenté dans le monde entier.
En 2004, des cliniciens d'un hôpital universitaire américain administraient des analgésiques en postopératoires à 98% de la population de petits animaux pendant au moins 24 heures après la chirurgie.
Dans une enquête de 2015, 90% des vétérinaires au Royaume-Uni administraient au moins une molécule analgésique en péri-opératoire pour les procédures de routine.
Dans une enquête Canadienne de 2001, les vétérinaires administraient des analgésiques à 85% des cas d'ovario-hystérectomie et de castration chez les chats et les chiens avant, après ou avant et après la chirurgie.
De plus, lors d'une enquête de 2006, on a constaté que l'utilisation de l'analgésie en post-incision augmentait de 3X pour les ovario-hystérectomies et les castrations et de 2X pour les chirurgies abdominales par rapport 1990.

Facteurs d'espèces

La réponse clinique au traitement de la douleur est plus évidente chez les chats, et l’analgésie est gérée de manière plus efficace chez le chat par rapport aux chiens.
Pourtant, lors d’interventions chirurgicales, les chats reçoivent généralement moins d'analgésiques, en particulier les opioïdes, que les chiens.
Au Canada et au Royaume-Uni, les chats étaient moins susceptibles de recevoir une analgésie péri-opératoire pour les chirurgies orthopédiques, abdominales et de castration comparativement aux chiens.
Ces disparités dans la prévalence de l'administration analgésique peuvent être causées par les différences dans la perception de la douleur pour des procédures spécifiques entre les espèces, les défis dans l'évaluation de la douleur, y compris l'échec de la reconnaissance, et la peur des effets indésirables produits par les analgésiques en général.
Il y avait dans les études passées un manque de systèmes de notation de la douleur validée chez les chats, ce qui pourrait avoir compromis l'évaluation de l'analgésie dans cette espèce.
Récemment, deux échelles de mesure de la douleur composite, Glasgow et UNESP-Botucatu, ont été validées chez les chats.

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Facteurs supplémentaires affectant l'administration d'analgésiques

Plusieurs études ont fourni des raisons expliquant l'oligoanalgésie en médecine vétérinaire.
Les effets indésirables médicamenteux, le coût des médicaments, la disponibilité des médicaments, les informations sur un produit pour les chats ou les chiens, le manque d'expérience clinique et le manque de familiarisation avec la prescription et l'administration restent les principaux facteurs limitant l'utilisation d'opioïdes et d'AINS chez les chiens et chats.
Cependant, la survenue d'effets indésirables associés à l'administration d’analgésiques appropriés est rare si l’on respecte les schémas posologiques normaux. De plus les éventuels effets secondaires survenant sont plus acceptables que les inconvénients d'une douleur non traitée.
Il existe des idée fausses concernant les effets secondaires associés aux analgésiques :

  1. les analgésiques masquent les signes de détérioration du patient
  2. les AINS sont toxiques chez les chiens et les chats
  3. les opioïdes induisent une dépression respiratoire significative chez les chiens et les chats.

Il n'y a actuellement aucune preuve venant étayer la contre-indication de l’utilisation d’analgésiques pour les craintes et idées fausses décrites précédemment, et en particulier chez les patients en bonne santé subissant des chirurgies de convenance.

Une évaluation inappropriée et une mauvaise reconnaissance de la douleur peuvent être une autre cause importante d'oligoanalgésie pendant la période péri-opératoire ou dans des unités de soins intensifs et d'urgence.
De nombreux vétérinaires (> 50%) dans le monde estiment que leur capacité à reconnaître et à traiter la douleur est inadéquate, ce qui démontre l'importance de la formation continue et du contenu du programme d'études vétérinaires.
L’année d'obtention du diplôme a un impact sur l'utilisation des analgésiques dans la pratique.
Les diplômés récents attribuent des scores de douleur plus élevés aux patients et sont plus susceptibles de prescrire des analgésiques que les diplômés plus âgés. Les vétérinaires plus jeunes se sont également plus satisfaits de leur enseignement sur la douleur et l'analgésie.

Les infirmières vétérinaires jouent un rôle crucial dans l'évaluation de la douleur car elles sont généralement associées à la surveillance des patients.
Une autre cause pouvant mener à l'oligoanalgésie est le manque d'observance par les infirmières pour administrer des analgésiques.
Dans une unité de soins intensifs hospitaliers d'enseignement vétérinaire, seulement 64% des patients reçoivent des analgésiques comme écrit sur les feuilles de soins. Les 36% restant, la plupart du temps, ne recevaient pas assez d’analgésiques à cause de certains traitements non donnés.
Les raisons de la non administration des traitements n'étaient pas souvent rapportées dans les dossiers médicaux, mais il a été postulé qu’il s’agissait d’une crainte d’effets secondaires.
D'autres raisons peuvent inclure la façon dont est rédigé la feuille de traitement.
Dans une étude précédente, la plupart des ordres écrits incluaient des termes tels que « si extrêmement douloureux », « si douleur très intense », « donner seulement si nécessaire » ou « au besoin ».
Plutôt que d'utiliser une terminologie subjective, les auteurs recommandent l'incorporation d'échelles de douleur objectives dans la rédaction des feuilles de traitement pour diminuer l'incidence de l'oligoanalgésie.

STRATÉGIES DE RÉDUCTION DE L'OLIGO-ANALGÉSIE

Le renforcement de l'apprentissage théorique et clinique est essentiel pour réduire l'oligoanalgésie en médecine vétérinaire.
Des études ont montré que la présence d’un contenu minimal de gestion de la douleur dans les cours des écoles vétérinaire entraîne une connaissance insuffisante de la reconnaissance et de la prise en charge de la douleur.
La formation continue sur la prise en charge de la douleur augmente considérablement le traitement analgésique et la compliance.
L'information en ligne peut fournir des ressources précieuses pour identifier et traiter la douleur dans les cliniques canines.
Les conférences nationales et régionales, ainsi que la participation à des cours de courte durée, sont les moyens les plus utiles pour améliorer les connaissances sur l'évaluation de la douleur chez les patients.

Plusieurs systèmes de notation de la douleur validés sont utilisés pour reconnaître la douleur, fournir un traitement optimal, améliorer la compliance et améliorer le pronostic.

La douleur est le quatrième signe vital (avec la fréquence cardiaque, fréquence respiratoire et la température) à considérer dans les soins et l'évaluation des patients. Ceci doit, encourager les vétérinaires à utiliser des systèmes validés de graduation de la douleur dans le cadre de l'évaluation de la douleur.

CONCLUSION

L'oligoanalgésie est un problème critique dans de nombreux domaines de la pratique des petits animaux.
La bibliographie apporte des preuves quant à la nécessité d’un enseignement précoce de l’évaluation de la douleur dans les écoles vétérinaires, la mise en place de formations continues sur la reconnaissance et le traitement de la douleur à tous les niveaux de la pratique vétérinaire et la mise en pratique des systèmes de graduation de la douleur pour réduire l'oligoanalgésie.