Interaction de l’atipamézole sur les propriétés analgésiques du butorphanol chez le rat.

 
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Claudia Interlandi, GioacchinoCalapai, Bernadette Nastasi, et al. Effect of atipamezole on the

analgesic activity of butorphanol in rats. Journal of Exotic Pet Medicine; 2017(26): 290-293.


Introduction

Le butorphanol est un opioïde qui agit principalement comme agoniste des récepteurs κ et antagoniste µ. Il est largement utilisé chez les petits mammifères et en particulier chez le rat dans le cadre de la prise en charge de douleur modérées. L’administration de butorphanol est sujet à un effet plateau. Quand la dose administrée atteint un certain seuil, si cette dose est augmentée, l’analgésie n’est pas plus efficace et des effets secondaires surviennent. Chez le rat, ces effets secondaires décrits sont des diminutions mineures de la fréquence cardiaque, de la fréquence respiratoire. L’atipamézole est un antagoniste des récepteurs α2 régulièrement utilisé pour reverser des protocoles d’anesthésie injectable réaliser avec de la médétomidine ou de la dexmédétomidine. Or les récepteurs α2 et les récepteurs opioïde κ agissent tous les deux sur les protéines G couplés. L’atipamézol pourrait interagir sur les effets du butorphanol.


Matériels et méthodes

Dans cette étude prospective, quarante rats de laboratoire ont été divisés en 4 groupes. Un groupe a reçu du butorphanol (2mg/kg), un groupe de l’atipamézol (2mg/kg), un groupe du butorphanol (2mg/kg) et de l’atipamézole (2mg/kg) 10 minutes plus tard et un groupe témoin a reçu du NaCl (0,2mL) en intramusculaire dans le quadriceps. Avant et après l’administration de ces molécules, la fréquence cardiaque, la fréquence respiratoire et la latence du reflex de

retrait plantaire sur plaque chauffante ont été mesurées.


Résultats

La fréquence respiratoire et la fréquence cardiaque était significativement plus élevées dans le groupe ayant reçu de l’atipamézole que dans les autres groupes. Le temps de retrait de la patte sur plaque chauffante était significativement plus long dans le groupe ayant reçu le butorphanol, et plus court dans le groupe ayant reçu l’atipamézole en comparaison avec les groupes ayant reçu l’atipamézol plus le butorphanol et le groupe témoin.


Discussion

Si les protocoles d’anesthésie gazeuse sont privilégiés chez le rat, sous certaine condition ou lors d’absence de disponibilité de matériel, des protocoles d’anesthésies injectables peuvent être utilisés. Dans ce cas il est recommandé d’utiliser des molécules qui peuvent être antagonisées. D’où la popularité à juste titre de l’utilisation d’α2 agonistes. Il est donc important de connaitre les interactions entre les α2 antagonistes et les opioïdes.

Cette étude prouve qu’une telle interaction est bien présente et que l’atipamézole induite un effet antagoniste partiel ou total de l’effet analgésique du butorphanol. Ces résultats sont similaires aux résultats publiés précédemment chez d’autres espèces. Les données scientifiques actuelles montrent que les récepteurs κ et α2 sont situés sur les voies sérotoninergiques descendantes. Ces récepteurs utilisent les mêmes voies que les protéines G couplée pour empêcher l’influx intracellulaire de Ca2+ et la libération de Na+. L’atipamézole inhiberait les voies sérotoninergiques descendantes, qui sont activés par les récepteurs κ opioïdes. L’utilisation d’atipamézole engendrerait donc une hyperalgésie associée à une réponse amplifiée à un stimulus nociceptif, combiné à une inhibition de des récepteurs κ opioïdes.


A retenir

L’atipamezole induit un antagonisme partiel ou complet de l’action analgésique du butorphanol chez le rat. Lors de l’utilisation d’un protocole anesthésique utilisant de la médétomidine ou de la dexmédétomidine reversé en réveil par de l’atipamezole, il n’est pas conseillé de choisir le butorphanol comme molécule analgésique.


Pour aller plus loin

Cooper DM, Hoffman W, Wheat N, et al: Duration of effect on clinical parameters and referred hyperalgesia in rats after abdominal surgery and multiple doses of analgesic. Comp Med 55:344-353, 2005

Hawkins M G. Advanced in Exotic Mammal Clinical Therapeutics. Journal of Exotic Pet Medicine. 2014;23:39-49.

Kauppila T, Jyväsjärvi E, Hämäläinem MM, et al: The effect of a selective alpha2-adrenoceptor antagonist on pain behavior of the rat varies, depending on experimental parameter. Pharmacol BiochemBehav59:477-485,1998

Zhao ZQ, Gao YJ, Sun YG, et al: Central serotonergic neurons are differentially required for opioid analgesia but not morphine tolerance or morphine reward. Proc Natl Acad Sci 104:14519-14524, 2007

 
Thierry Poitte