Reconnaissance et prise en charge de la douleur chez le cochon d’inde


 
 Cobaye heureux qui mange.

Cobaye heureux qui mange.

Le cochon d’inde est un animal qui cache sa douleur.
Mais, avec un peu d’entrainement, on peut reconnaitre des comportements douloureux
et mettre en place des protocoles analgésiques chez cette espèce.  


Reconnaissance de la douleur

 Photo d’un cobaye douloureux, avec le regard fixe, et les membres regroupés sous l’abdomen.

Photo d’un cobaye douloureux, avec le regard fixe, et les membres regroupés sous l’abdomen.

En tant que proie, les cochon d’indes ont évolué pour cacher leurs faiblesses afin d’éviter la prédation, et à ce titre, ils cachent souvent leur douleur pour conserver une apparence normale lorsqu'ils sont directement observés par des étrangers. Les cochon d’indes normaux sont alertes, actifs et très curieux. Cependant, un cochon d’inde anxieux ou effrayé s’immobilisera et son comportement sera donc plus difficilement évaluable. Pour avoir un comportement normal, il est important que les cochons d’indes soient logés dans un environnement dans lequel ils se sentent en sécurité. De plus, il peut être nécessaire de faire des observations comportementales de façon indirecte.

La réponse physiologique à la douleur est due à l'activation du système nerveux sympathique induisant : tachycardie, vasoconstriction, diminution du tonus gastro-intestinal, choc et mort.

Les animaux souffrant de douleurs diminuent fréquemment leur consommation de nourriture et d'eau, ou cessent de manger. Dans un premier temps, cela peut être facilement observé avec un animal produisant de selles plus petites, plus sèches et en moins grand nombre.
En règle générale, les cochons d’indes douloureux adoptent une position groupée avec tous leurs membres rétractés sous leur corps et leur dos courbé.
Les animaux sont assis dans un coin de leur cage et ne réagissent pas aux mouvements du personnel autour de la cage et ont le regard fixe.
De plus, ces animaux qui ont l’habitude de vocaliser dès qu’ils sont manipulés, deviennent silencieux.

S’il n’existe pas aujourd’hui de véritable grille d’évaluation de la douleur chez le cobaye, une étude a permis de valider des éthnogrammes permettant de détecter la présence de douleur. Ces éthnogrammes sont regroupés sous 4 catégories : mouvements, mâchonnements, mordillements des barreaux de la cage, subtils mouvements corporels.


Opioïdes

 Cobaye douloureux

Cobaye douloureux

Le butorphanol est un opioïde κ agoniste partiel et un antagoniste μ. Il peut être utilisé pour des douleurs légères, mais sa demi-vie est courte chez le cochon d’inde, ce qui rend son utilisation peu pratique en cliniques. De plus, cette molécule induit une sédation qui peut entraîner des difficultés à évaluer la douleur après administration.

La buprénorphine est l’un des opioïdes les plus utilisés chez le cochon d’inde en raison de sa longue durée d’action, de son activité agoniste partielle et de ses effets secondaires faibles que Cependant, la buprénorphine doit être réservée à la prise en charge des douleurs légères à modérées dont la gravité n’est pas à amener empirer. Premièrement, en raison de son pouvoir analgésique limité et de son effet plateau, l’augmentation des doses ne permet pas augmenter la valence analgésique. Deuxièmement, la buprénorphine a une grande affinité pour les récepteurs opioïdes μ et il est difficile de chasser la buprénorphine de ses récepteurs.

La morphine, en tant qu’agoniste pur des récepteurs opioïdes µ, fait partie des molécules parmi les plus efficace contre la douleur aiguë, fournissant une analgésie rapide et dépendante de la dose. Même si les effets indésirables des opioïdes (dépression respiratoire, ralentissement du transit) doivent être surveillés chez les cochons d’indes, la douleur en soit peut aussi entraîner ces mêmes effets. L'inquiétude concernant les effets secondaire de la morphine ne doit pas conduire à ne pas traiter la douleur comme il se doit. L'iléus associé aux opioïdes peut être identifié rapidement et géré par une alimentation à la seringue et en maintenant une hydratation adéquate.

Le fentanyl est un des plus puissants analgésiques disponibles. Il s’agit d’un agoniste à courte durée d'action qui le rend utile dans un contexte de soins intensifs. Le niveau de douleur peut être réévalué heure par heure. Le fentanyl est plus couramment utilisé dans en perfusion continue.


Anti-inflammatoires non stéroïdiens

Cette famille de médicaments est utile pour la prise en charge de la douleur aiguë ou chronique légère à modérée, en particulier en cas de composante inflammatoire. La rapidité d'action des AINS est relativement lente et leur durée d’action relativement longue. Chez le cochon d’inde, comme chez d'autres espèces, ces médicaments ont des effets secondaires bien connus, notamment pouvant entrainer des insuffisances rénales et des ulcérations gastro-intestinales. Pour ces raisons, ils ne doivent pas être utilisés lors de stases gastro-intestinales avant stabilisation de l’animal.

Le méloxicam est l'AINS le plus utilisé et le plus étudié chez le cochon d’inde. Une étude dose effet a montré son utilité des 0,1mg/kg/24h en postopératoire de castration. De plus une étude de toxicité a montré l’absence d’effets secondaires à 0,6mg/Kg/24h.


Anesthésiques locaux

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Les anesthésiques locaux, tels que la lidocaïne et la bupivacaïne peuvent être administrés localement, par infiltration, par voie intra-articulaire, par bloc nerveux régional. L'analgésie au niveau de la zone désensibilisée est complète car la conduction de l’influx nerveux douloureux est bloquée. La dose toxique de lidocaïne et de la buprénorphine sont respectivement 10 mg/kg et 2 mg / kg IV en bolus de bupivacaïne chez le cobaye.

Comme chez le cheval et le lapin, des perfusions continue de lidocaïne peuvent être utilisées a été utilisée chez le cochon d’inde dans le cadre de prise en charge de douleur viscérales (iléus par exemple).


Références bibliographiques

  • Dunbar M L, David E M, et al. Validation of a Behavioral Ethogram for Assessing Postoperative Pain in Guinea Pigs (Cavia porcellus). JAALAS. 2016;55(1):29–34.

  • Hawkins M G. Advanced in Exotic Mammal Clinical Therapeutics. Journal of Exotic Pet Medicine. 2014;23:39-49.

  • Miller A L, Richardson C A. Rodent analgesia. Vet Clin Exot Anim. 2011;14 :93–104.


PO = per os - SC = sous cutané - IM = intra musculaire - IV = intra veineux - CRI = perfusion continue (Continuous Rate Infusion)

 
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Charly PIGNON

DVM, Dip ECZM (Small Mammal)
Praticien Hospitalier en Médecine Zoologique
Chef du Service NAC
Centre Hospitalier Vétérinaire d’Alfort
Ecole Nationale Vétérinaire d‘Alfort,
7 Avenue du Général de Gaulle, 94700 Maisons-Alfort, France
charly.pignon@vet-alfort.fr

 
 
Thierry Poitte