Pharmacocinétique d’une dose de buprénorphine, butorphanol et d’hydromorphone chez le furet.

 

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Pharmacocinétique
d’une dose de buprénorphine, butorphanol
et d’hydromorphone
chez le furet.

 

Katzenbach JE, Wittenburg LA, Allweiler SI. Pharmacokinetics of single-dose buprenorphine, butorphanol, and hydromorphone in the domestic ferret
(Mustela putorius furo)


Introduction

Si les furets sont parmi les NAC sur lesquels les vétérinaires ont le plus de recul en termes de prise en charge médicale, il s’agit malheureusement d’animaux pour qui peu de données pharmacologiques existent. Ceci est du au fait que depuis le début de l’histoire de leur médicalisation, des posologies de chat ont été utilisés chez le furet avec des résultats cliniques qui semblaient satisfaisants. Les furets étant, de par leur anatomie et physiologie relativement différents des chats, des variations de réponses à l’utilisation d’opioïdes et la description d’effets secondaires rendent nécessaire d’affiner les connaissances de l’utilisation des opioïdes chez cette espèce.

L’objective de cette étude était d’établir le profile clinique pharmacocinétique de 4 opioïdes : le butorphanol, la buprénorphine, la morphine et l’hydromorphone.


Matériels et méthodes

24 furets males d’un an ont été répartis en 4 groupes de 6 et ont reçu l’injection d’un opioïde différent par groupe (hydromorphone 0,1mg/kg SC, buprénorphine 0,04mg/kg IM dans le muscle semi membraneux, butorphanol 0,3mg/kg SC, morphine1mg/kg SC). Pour chaque furet, une prise de sang a été réalisée juste avant l’injection d’opioïde, puis à 5, 15, 30, 60, 120, 240, 360, 480 et 720 minutes après l’injection. Les échantillons ont été analysés par une technique de spectrométrie de masse couplée à une chromatographie liquide pour obtenir la concentration plasmatique des molécules injectées.


Résultats

Les concentrations maximales ont été de 48,6ng/mL en 13,3min pour le butorphanol, de 6,96ng/mL en 9min pour la buprénorphine, de 13,3ng/mL en 8,3min pour l’hydromorphone. La demi vie du butorphanol était de 1h30, 3h40 pour la buprénorphine, et de 24min pour l’hydromorphone. A cause de la présence d’hypersalivation, de vomissements et d’hyperexcitabilité, l’étude portant sur la morphine a été arrêtée.


Discussion

Cette étude est présentée par les auteurs comme une première étape dans le développement des connaissances de l’utilisation des opioïdes chez le furet. A part les injections de morphine, les injections des autres opioïdes n’ont pas entrainer d’effets secondaire. Il a été décidé d’administrer la buprénorphine par voie intra musculaire car chez le chat il a été montré que l’absorption de cette molécule par voie sous cutanée était inconstante (aucune donnée n’est disponible chez le furet).

Cette étude n’est que pharmacodynamique, mais en comparant les concentrations plasmatiques reconnues comme analgésiques chez l’homme, théoriquement chez le furet 0,04mg/kg de buprénorphine injectée par voie IM devrait permettre une analgésie de 12h. Si l’on fait le même raisonnement avec le butorphanol, 0,3mg/Kg SC devrait permettre une analgésie de moins de 6h. Cependant, entre le chat, le chien, et l’homme la concentration plasmatique reconnue comme analgésique est assez variable. Des études de pharmacodynamiques sont cependant nécessaires pour valider ces hypothèses. Les données sur l’hydromorphone n’ont pas beaucoup d’importance clinique car cette molécule n’est pas disponible en Europe.  

Concernant l’utilisation de la morphine chez le furet, une précédente étude s’est intéressée au modèle de vomissement induit par la morphine chez le furet afin d’étudier l’efficacité d’anti émétiques. Des doses de morphine ont été utilisée variant de 0,1 à 2,5mg/kg SC, et la dose de 0,3mg/kg SC était celle qui entrainait le plus de vomissements. Aussi au service NAC d’Alfort, nous utilisons au maximum des doses de 0,2mg/kg SC ou IM (comme il est recommandé chez les carnivores domestiques) et nous n’observons que très rarement des vomissements.


A retenir

Cette étude de pharmacocinétique permet de mettre en évidence l’effet rapide (Tmax=9min) et durable (vraisemblablement 4-6h) de la buprénorphine injectée en IM à 0,04mg/Kg ainsi que l’effet rapide (Tmax=13min) et court (vraisemblablement 2-4h) du butorphanol injecté en SC à 0,3mg/Kg. La morphine quant a elle ne doit pas être utilisée à 1mg/kg chez le furet car cela entraine l’apparition de vomissements et de ptyalisme.


Pour aller plus loin

Johnston MS, Allweiler S, Smeak D. (2011). Cardiorespiratory effects of morphine, butorphanol, and hydromorphone in conscious ferrets. Proceedings of the Association of Exotic Mammal Veterinarians Annual Conference, p137.

Sladky KK, HorneWA, GoodroweKL, et al (2000). Evaluation of epidural morphine for postoperative analgesia in ferrets (Mustela putoriusfuro). Contemp Top Lab Anim Sci, 39(6):33-38

Steagall PVM, Pelligand L, Giordano T, et al. (2013). Pharmacokinetic and pharmacodynamic modeling of intravenous, intramuscular and subcutaneous buprenorphine inconscious cats. Vet Anaesth Analg 40, 83-95.

Wynn RL, Essien E, Thut PD (1993). The effects of different antiemetic agents on morphine-induced emesis in ferrets. Europ J Pharma, 241(1),47-54.

 
Thierry Poitte