Influence d’une dose unique de buprénorphine sur la motilité gastrointestinale chez le lapin

Influence d’une dose unique de buprénorphine sur la motilité gastrointestinale chez le lapin (Oryctolagus cuniculus)

H. Deflers, F. Gandar, G.Bolen. Influence of a single dose of buprenorphine on rabbit (Oryctolagus cuniculus) gastrointestinal motility. Veterinary Anaesthesia and Analgesia 2018, 45, 510e519


Introduction

La buprénorphine est une molécule très largement utilisée chez le lapin pour la prise en charge de douleur modérée à sévère. Les doses décrites dans la littérature varient de 0,02 à 0,1mg/Kg. Comme tous les opioïdes, un des effets secondaires possibles décrits chez d’autres espèces est de ralentir le péristaltisme gastrointestinal. Le ralentissement du transit pouvant mener à un iléus paralytique et une dysbiose potentiellement fatale chez le lapin, il est important de connaitre l’incidence d’un tel effet secondaire chez ce dernier.

Toute manipulation invasive pouvant entrainer de la douleur et du stress (décharges de catécholamines ayant pour effet un ralentissement du péristaltisme), cette étude propose des techniques non invasives pour caractériser l’effet supposé de ralentissement du péristaltisme de la buprénorphine chez le lapin.

Matériels et méthodes

Quinze lapins blancs néozélandais ont été inclus dans cette étude prospective. Les manipulations se sont étalées sur 2 semaines. La première semaine correspondait aux manipulations témoins sans buprénorphine. Des examens échographiques ont été réalisés sur chaque lapin à J1 et J2. Le animaux n’ont pas été manipulés à J3. A J4, une sonde nasogastrique a été placée sur chaque animal. A J5 les animaux ont reçu du baryum dans la sonde nasogastrique suite à quoi, celle-ci fut retirée. Des clichés radiographiques ont ensuite été réalisés à J5 et J6. La deuxième semaine, les manipulations ont été répétées mais les lapins ont reçu 0,1mg/Kg de buprénorphine par voie intramusculaire dans les muscles lombaires 5 minutes avant chaque début des manipulations.

Pour la réalisation des clichés radiographiques, 9mL de baryum 20%, mélangés à 15mL de Oxbow Critical Care® ont été administrés par la sonde nasogastrique. Des clichés radiographiques abdominaux latéraux et ventro dorsaux furent réalisés 0, 0,25, 0,5, 1, 3, 6, 12 et 24h après administration du mélange baryté.

Pour les examens échographiques, les animaux ont été rasés 24h avant manipulation. Une sonde microconvexe de 9Mhz fut utilisée. Les contractions duodénales ont été comptées par le même manipulateur, spécialiste en imagerie, sur une période de 2 minutes. Les échographies ont été réalisées à 0,25, 0,5, 1, 3, 6, 12, et 24h.

Résultats

Concernant les examens radiographiques, il n’y a pas eu de différence significative entre les lapins traités et non traités concernant le score de rétention du baryum dans le caecum. Cependant le score de rétention de baryum était légèrement moins élevé dans l’estomac pour le groupe traité avec de la buprénorphine. Il n’y a pas non plus eu de différence significative concernant le temps d’apparition des selles au niveau de la ceinture pelvienne entre les deux groupes.

Les résultats des examens échographiques ont montré que les contractions pyloriques sont apparues subjectivement moins dynamiques chez les lapins ayant reçu de la buprénorphine. Cependant, la fréquence des contractions pyloriques et duodénales était plus élevée chez les lapins ayant reçu de la buprénorphine.

Discussion

Les résultats de cette étude montrent qu’une dose de 0,1mg/Kg de buprénorphine administrée IM n’entraine pas d’effet secondaire sur l’appareil gastrointestinal chez le lapin. Si les techniques de radiographie et d’échographie connaissent certaines limites dans l’exploration de la motilité gastrointestinales, elles ont pour avantage, à la différence de techniques invasive, de ne pas avoir pour conséquence l’induction d’un ralentissement de transit chez le lapin.

Chez les chevaux, les rats, les souris et les cochons d’inde, de précédentes études ont montrés que la buprénorphine avait pour effet secondaire de ralentir la motilité gastrointestinale chez les sujets sains. Il n’existe à ce jour pas d’hypothèse permettant d’expliquer la différence d’effet de la buprénorphine entre ces espèces et le lapin.

L’augmentation de la fréquence des contractions pyloriques et duodénales chez les lapins ayant reçu de la buprénorphine était attendue car la morphine et tous les opioïdes µ agonistes augmentent les contractions intestinales chez la plupart des mammifères. Cependant, si la morphine augmente la fréquence des contractions, celle-ci ne sont pas coordonnées et donc ne permettent pas la propulsion du bol alimentaire. Pour vérifier cet effet dans cette étude avec la buprénorphine, il aurait fallu utiliser un doppler duplex ce qui n’a pas pu être réalisé.

A retenir

A la dose unique de 0,1mg/Kg SC, la buprénorphine n’a pas d’effets secondaires sur la motilité gastrointestinale des lapins en bonne santé. Elle ne ralentit pas la durée du transit et augmente la fréquence des contractions pyloriques et duodénales.

Pour aller plus loin

Barter LS (2011) Rabbit analgesia. Vet Clin North Am Exot Anim Pract 14, 93-104.

Cooper CS, Metcalf-Pate KA, Barat CE et al. (2009) Comparison of side effects between buprenorphine and meloxicam used postoperatively in Dutch belted rabbits (Oryctolagus cuniculus). J Am Assoc Lab Anim Sci 48, 279-285.

Flecknell PA, Liles JH (1990) Assessment of the analgesic action of opioid agonist-antagonists in the rabbit. J Assoc Vet Anaesth Great Britain Ireland 17, 24-29.

Heel RC, Brogden RN, Speight TM et al. (1979) Buprenorphine: a review of its pharmacological properties and therapeutic efficacy. Drugs 17, 81-110.

Wenger S (2012) Anesthesia and analgesia in rabbits and rodents. J Exot Pet Med 21, 7-16.