Résumé des conférences d’ICARE portant sur l’analgésie des NAC

Résumé des conférences d’ICARE portant sur l’analgésie des NAC

Fin avril, à Londres, s’est tenu ICARE, le congrès NAC Européen, regroupant plus de 600 vétérinaires venus des quatre coins du monde. Ce congrès a bien entendu donné lieu à de très nombreuses communications et des travaux pratiques qui vont permettre une meilleure prise en charge de nos patients.

Voici un résumé des communications concernant l’analgésie des NAC.

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Pharmacocinétique du mavacoxib après une dose unique par voie orale chez le perroquet gris du Gabon (Psittacus erithacus). Montesinos A., Ardiaca M., De Baere et al.

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Le mavacaxib (Trocoxil®) est un AINS préférentiel COX-2 à longue durée d’action. Chez le chien, le profil pharmacodynamique se caractérise par une très lente clearance, une élimination très lente et un large volume de distribution.

Neuf perroquets gris du Gabon ont reçu une dose de mavacoxib de 4mg/Kg oralement. Après administration, du sang a été prélevé à 0, 15, 30, 45 minutes puis 1, 2, 4, 6, 8, 12, 36, 48, 72, 96, 120, 144, 168, 192, 216 et 336 heures. La concentration de mavacoxib plasmatique a été mesurée avec une méthode validée utilisant la technique de chromatographie liquide à haute performance couplée à une spectrométrie de masse. Puis les données ont été analysées en utilisant un modèle non linéaire à effets mixtes.

Comme chez les perruches callopsittes (Nymphicus hollandicus), chez le gris du Gabon, le mavacoxib est caractérisé par une demi-vie prolongée (T1/2= 115.89h). Le mavacoxib possède un grand volume de distribution (3.29 L/kg) et une clearance très basse (0.020 L/h.kg). Basée sur cette étude, la fréquence d’administration du mavacoxib doit être plus basse que celle des autres AINS chez le gris du Gabon car les concentrations plasmatiques considérées comme analgésiques chez le chien durent une dizaine de jour. Cependant, d’autres études de toxicité, et de pharmacodynamiques sont nécessaires pour utiliser le mavacoxib de manière idéale chez le gris du Gabon.


Efficacité analgésique de la buprénorphine chez les hérissons pygmées d’Afrique (Atelerix albiventris). Doss G., Mans C.

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Malgré leur popularité en tant qu’animal de compagnie aux USA, il n’existe que peu d’informations concernant l’analgésie des hérissons pygmées d’Afrique. Parce qu’ils sont souvent présentés en consultation pour des pathologies douloureuses ou des chirurgies il est essentiel d’obtenir des données validées scientifiquement concernant la prise en charge de la douleur chez cette espèce.

Des hérissons se sont vu administrés une dose basse (30µg/Kg) et une dose haute (50µg/Kg) de buprénorphine. Les résultats ont été comparés à une injection de sérum physiologique via une étude transversale multiple aléatoire réalisée en aveugle. Les effets analgésiques ont été mesurés avec analgésimètre thermique de Hargreaves. Cet appareil induit un stimulus nociceptif par chaleur radiante sur la surface plantaire des membres. La latence de retrait du membre est alors enregistrée. Le niveau de référence et les latences ont été mesurées à 1, 2, 4, 8 et 10 heures post-injection. Afin de vérifier l’absence d’effets secondaires de la buprénorphine, les effets sédatifs, la prise alimentaire, le poids des animaux ont été enregistrés quotidiennement pendant 7 jours.

Lors de ces manipulations, la buprénorphine a permis de fournir une analgésie contre les stimulations thermiques supérieure à 10 heures sans sédation apparente ni changement significatif de la prise alimentaire ou du poids.

La buprénorphine à 30 et 50 µg/Kg apparait comme analgésique sécuritaire et durant plus de 10h chez les hérissons pygmés d’Afrique. Par extrapolation ce dosage pourrait être utilisé chez les hérissons d’Europe. Cependant, d’autres études sont nécessaires pour confirmer cette extrapolation.

Pharmacocinétique d’une et de multiple dose de Simbadol® chez le lapin. Sypniewski L. Maxwell L., Kanda I. et al.

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Cette étude pharmacologique a pour but d’évaluer la pharmacocinétique et les potentiels effets secondaires d’une dose unique et de doses répétées de l’administration de Simbadol®, une forme concentrée de buprénorphine possédant une AMM pour le chat aux USA. Une injection de 0,24mg/Kg permet d’obtenir une analgésie de 24h chez le chat.

Pour cette étude, huit lapins White New Zealand femelles juvéniles ont été utilisées. Une dose de Simbadol® 1,8mg/mL à la posologie de 0,24mg/Kg fut injectée par voie sous-cutanée à T0. Pour l’étude à doses multiples, cette injection fut répétée à T24h et T48h. Des prises de sang ont été réalisées à 0, 2, 4, 8, 12, 24 et 36 heures pour l’étude dose unique et à 0, 0,33, 0,66, 1,5, 3, 6, 12, 24, 48, 72, 96, 120, et 144 heures pour l’étude doses multiples. Les concentrations de buprénorphine plasmatique, ainsi que la concentration de ses métabolites (norbuprenorphine, buprenorphine-3-glucuronide, et la norbuprenorphine-3-glucuronide) ont été mesurées à l’aide d’une méthode validée utilisant la technique de chromatographie liquide à haute performance couplée à une spectrométrie de masse. Puis les données ont été analysées en utilisant un modèle non linéaire à effets mixtes. Les lapins furent surveillés afin de mettre en évidence de potentiels effets secondaires pendant 48h pour l’étude dose unique et pendant 168h pour l’étude dose multiple.

L’étude dose unique a révélé une demi-vie terminale de 19,2+12,9h. L’étude pharmacocinétique multidose a montré une demi-vie d’absorption de 1+0,3h, un pic de concentration à 10,4+7,4ng/mL atteint à 0,7+0,4 h après la première injection, et une demi-vie terminale de 13,3+13,8 h. La concentration plasmatique moyenne de Symbadol® était de 1,3+0,7 ng/mL sans effet significatif d’effet cumulatif de la buprénorphine. Aucuns effets secondaires cliniques, ni aucunes anomalies à l’autopsie n’ont été notés.

Le Simbadol® possède une absorption rapide chez le lapin lorsqu’il est administré par voie sous-cutanée, mais cette étude montre la grande variabilité pharmacocinétique intraspécifique chez le lapin.

Si cette étude ne permet pas de démontrer l’effet analgésique de cette présentation pharmaceutique de la buprénorphine, il est a noté que chez le rat et chez l’homme, une concentration plasmatique de 0,5ng/mL de buprénorphine est considérée comme analgésique (ici la concentration moyenne était de 1,3+0,7 ng/mL. Par extrapolation, le Simbadol® pourrait être utilisé une fois par jour à 0,24mg/Kg chez le lapin.

Effet du maropitant, un antagoniste de la neurokinin-1, sur la douleur et sur l’appétit en postopératoire chez le lapin. Sadar M. McGee W., Kendall L., Boscan P.

Souvent, les lapins rencontrent des difficultés lors de la récupération postopératoire dues à des diminutions de l’appétit et des stases gastrointestinales. Les molécules analgésiques peuvent avoir des effets secondaires, comme des ulcères gastriques, lors de l’utilisation d’anti-inflammatoires, ou des ralentissements de la motilité gastro-intestinales avec les opioïdes. Les récepteurs de la Neurokinin-1 jouent un rôle dans une variété de processus biologiques, incluant la transmission des signaux douloureux, et le vomissement. Le maropitant, un agoniste de la neurokinine-1, est utilisé pour traiter la nausée et le vomissement chez le chien et le chat, mais ne possède pas d’AMM chez d’autres animaux. Le but de cette étude est d’étudier l’effet du maropitant sur la douleur postopératoire et l’appétit du lapin.

Vingt lapins White New Zealand de 3 mois ont été divisés en 5 groupes. Le groupe 1 a reçu de la buprénorphine (0.06mg/kg IM q8hr), le groupe 2 de la buprénorphine et une dose faible de maropitant (5mg/kg SC q24hr), le groupe 3 de la buprénorphine et une haute dose de maropitant (10mg/kg SC q24hr), le groupe 4 une haute de maropitant, et le groupe 5, groupe témoin, n’a reçu que du sérum physiologique. Une incision cutanée a été réalisée à la lame froide sur la face plantaire du membre postérieur des lapins, et un appareil de von Frey fut utilisé pour tester la sensitivité tactile à 3, 6, 12, 18, 24, et 48h en post opératoire. La nourriture, le poids, et la production de selles ont été mesurés quotidiennement.

Alors que la sensitivité tactile était augmentée après la chirurgie, aucune différence n’a été notée entre les groupes. Les lapins ayant reçu du maropitant haute dose ont eu un meilleur appétit durant 2 jours postopératoire en comparaison avec les lapins qui ont reçu de la buprénorphine ou de la buprénorphine et du maropitant. Cependant, le maropitant n’a pas eu d’effet significatif sur le poids ni sur la production de selles. Le maropitant ne semble pas avoir d’effet sur la douleur postopératoire. Cette molécule semble cependant avoir un effet positif sur l’appétit, ce qui laisse à penser que le maropitant pourrait être une molécule intéressante dans la récupération postopératoire chez le lapin. D’autres études portant sur la douleur viscérale seraient intéressante chez le lapin pour voir si cette molécule à les même effets analgésiques que celle décrite chez les carnivores domestiques.

Etude pharmacocinétique de l’hydromorphone chez le cobaye suivant une administration intraveineuse et intramusculaire. Sadar M., Ambros B., Knych H.

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Les cobayes sont des animaux très utilisés en recherche biomédicale et sont des animaux de compagnie appréciés dans de nombreux pays. Le besoin de l’utilisation de molécules analgésiques chez les cobayes subissant une intervention chirurgicale ou suite à un trauma est particulièrement important chez cette espèce très sensible à la douleur. L’hydromorphone est un agoniste des récepteurs µ opioïde qui peut être utilisé comme agent primaire pour le traitement de douleurs modérées à sévères chez les NAC. Cette étude a pour but d’évaluer deux voies d’administration de l’hydromorphone.

Huit cobayes ont été utilisés dans cette étude transversale randomisée pour évaluer une dose unique de 0,3mg/Kg d’hydromorphone par voie intra veineuse ou par voie intra musculaire. Chaque animal a reçu la molécule par les 2 voie d’administration avec une période de washout d’une semaine entre les 2 procédures. La concentration plasmatique en hydromorphone fut déterminée en utilisant une méthode validée de dosage par chromatographie liquide à haute performance couplée à une spectrométrie de masse. Les paramètres pharmacocinétiques ont été déterminés par une analyse en utilisant un modèle non linéaire à effets mixtes.

La clearance et le volume de distribution par voie intraveineuse étaient respectivement de 52.8 ± 13.5 mL/min/kg et de 2.39 ± 0.479 (L/kg). La demi-vie terminale d’élimination était de 2.68 ± 1.33 heures pour la voie IV et de 1.64 ± 1.16 heures pour la voie IM. La concentration maximum était de 171.9 ± 29.4 ng/m. Aucun effet secondaire tels qu’une sédation, ou une neuro-excitation n’ont été notés.

Une dose unique IV ou IM de 0,3mg/Kg entraine une concentration plasmatique en hydromorphone au-dessus des concentrations reconnues comme analgésiques chez l’homme durant 2 heures lors de l’administration IV et de 4 heures lors de l’administration IM. Cependant, des études de pharmacodynamique sont nécessaire pour connaitre la durée efficace analgésique de cette molécule chez le cobaye.