Arthrose et Phytothérapie:
Regards croisés

PAR ERIC LEBON
DMV
MEMBRE ASSOCIATION  FRANCAISE
DES VETERINAIRES PHYTOTHERAPEUTES

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PAR CHRISTOPHE  VERNET
DMV
SECRETAIRE ASSOCIATION FRANCAISE
DES VETERINAIRES PHYTOTHERAPEUTES

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Dr ERIC LEBON

Introduction : La phytothérapie : évolution de l’usage :

Depuis la nuit des temps et peut être même avant, on a utilisé les plantes pour se soigner. 
Pourquoi aujourd'hui cette désaffection? 
Outre les raisons économiques liées à l’industrialisation, pour deux raisons valables :

  1.  On ne pouvait se soigner qu’avec les plantes locales
  2.  Les plantes séchées perdant très rapidement leurs propriétés, il était très difficile d’obtenir la répétabilité et la régularité nécessaires à l’établissement d’un protocole fiable.

Mais aujourd'hui: 

  1. Grâce aux transports et aux échanges rapides, on a accès à toute la pharmacopée mondiale.
  2. Les plantes sont cultivées au bon endroit, cueillies et traitées au bon moment, broyées, congelées, transportées. Les laboratoires, riches de substrats fiables, peuvent lyophiliser ou stabiliser dans une solution glycérinée. Les produits vendus donnent un résultat qualitativement pérenne et reproductible.

La phytothérapie : mon intérêt 

  1. La phytothérapie, c’est aussi de la pharmacologie, on choisit les plantes en fonction des composantes pharmacologiques qui présentent un intérêt pour le patient ciblé.
  2. Chaque plante contient de nombreuses molécules qui s’associent pour fournir un effet TOTUM supérieur à la simple addition des propriétés de chaque molécule. Les effets bénéfiques sur l’organisme cible dépassent le cadre de l’effet strictement recherché (anti-oxydant, anti-réductases…etc)
  3. Grâce aux solutions glycérinées, le praticien peut composer LE médicament unique, composé de plusieurs plantes, destiné à soigner un patient particulier pour un ensemble de pathologies particulières.
  4. Le praticien retrouve une certaine indépendance dans le choix et la composition de ses traitements, il est moins vendeur de boites et retrouve les joies des préparations.
  5. Même s’il faut utiliser des molécules lourdes sur un patient pour cibler une douleur intense, on peut associer à ce traitement lourd un traitement de phytothérapie pour les cibles secondaires (stress, anxiété, myorelaxation, œdème, cicatrisation, déminéralisation…etc). Cela peut faire la différence à la fois sur la qualité de la prise en charge mais également d’un point de vue économique pour le trésorier de nos petits malades.
  6. Les clients sont souvent demandeurs ou, au moins ouverts, particulièrement ceux déjà persuadés de l’intérêt d’un traitement long et suivi.

 

La phytothérapie : mes limites

  1. La phytothérapie, en matière de pharmacologie ou de médecine, ce n’est pas « à la place » mais « en plus », il faut élargir sa pratique, je remplace parfois, j’associe souvent.
  2. La phytothérapie ne convient pas à tout: elle montre, dans la gestion de la douleur et de l’évolution de l’appareil locomoteur toute sa valeur dans le traitement des maladies chroniques, pour la mise en place de traitements longs.
    J’y ai souvent recours lorsque les symptômes sont débutants, ou, comme en cardiologie par exemple, pour compléter un traitement classique avant de passer à l’étape suivante d’un traitement plus lourd. Souvent, à un stade avancé, j’abandonne la phytothérapie pour la cible principale, ici la douleur et l’inflammation, pour la réserver au traitement des cibles secondaires et améliorer l’état général du patient.
  3. Si la Reine des Prés remplace très avantageusement l’aspirine, si le Cassis est, entre autres choses, un excellent anti-inflammatoire, un mélange Cassis/Reine des Prés ne remplacera jamais une association anti-COX2 / TRAMADOL ou une injection de FENTANYL chez un patient en crise aigüe.
  4. Le traitement est parfois difficile à administrer :
    1ml de solution glycérinée à un chien de 5 kg ou à un chat, cela passe généralement tout seul en traitement longue durée.
    en phase aigüe, lorsqu’il faut multiplier les prises et augmenter les doses, même à raison de 1ml par 5kg, cela devient souvent difficile de traiter un chien de 40kg 4 fois par jour…..sans compter avec les effets de la glycérine à hautes doses sur le transit intestinal. En phase chronique, on peut titrer et souvent réduire les doses (1ml/40kg)

 

Prescriptions personnelles : Appareil locomoteur et douleur

Je synthétise mes informations sous formes de cartes heuristiques *, pour la lisibilité de la présentation, je les détaillerai au fur et à mesure.

Une carte heuristique est un schéma, supposé refléter le fonctionnement de la pensée, qui permet de représenter visuellement et de suivre le cheminement associatif de la pensée

Chaque patient ayant besoin d’un traitement différent, le lecteur choisira une ou deux plantes de base à laquelle il pourra associer une ou deux plantes secondaires.

Dans cet article, je détaillerai le Cassis et quelques associations fréquentes.

Si la formule plait, je reviendrais tous les mois en détail sur une nouvelle plante et de nouvelles associations. 

En pratique et pour commencer, les EPS (Extraits de plante standardisés) peuvent se commander chez WAMINE en flacons de 500ml.

C’est la solution idéale: disponibilité, service, remises pour les commandes plus importantes, viabilité de la structure, conseils, recherche, confraternité…etc

Pour des achats en plus petites quantités, plus cher, tout à fait impersonnel et accessible directement à vos clients : le site www.soin-et-nature.com peut dépanner.

 

Le CASSIS

 

Voici mes associations les plus fréquentes :

  1. Arthrite avec douleurs : Cassis ½ Reine des prés ¼ Scrofulaire ¼
  2. Arthrite avec hyperthermie : Cassis ½ Saule ¼ Echinacée ¼
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Dr Christophe Vernet

Le Cassis est effectivement la référence en tant que plante à but anti-inflammatoire sans effet ulcèrogène grâce aux oligomères pro-anthocyanidiques (Prodelphinidines) et aux flavonoïdes (comme le Quercetol).
Ce sont l’inhibition des enzymes délétères de l’inflammation (LOX, COX, histidine, décarboxylases,  élastases, collagénases) et l’inhibition des facteurs favorisant l’inflammation (TNFa, IL1, IL8, NFkpB) qui lui confèrent ses propriétés.

L’association du cassis avec d’autres plantes en rhumatologie permet alors de traiter de nombreux cas de boiteries, d’arthrites/arthroses chroniques ou aiguës avec ou sans œdème.
Les plantes majoritairement utilisées pour l’inflammation sont entre autre la reine de prés, la scrofulaire, le curcurma, et la saule.

 Cassis

Cassis

      3. Arthrose débutante : Cassis ½ Reine des prés ¼ Scrofulaire ¼
     4. Arthrose dégénérative : Cassis ½ Curcuma ¼ Scrofulaire ¼ 
     5. Arthrose chronique : Base de Cassis ½ un flacon avec Prêle ¼  Curcuma ¼ , un autre avec Scrofulaire ¼ Ortie ¼ : 5 jours de l’un, pause 2 jours, 5 jours de l’autre…etc.
                             Phase Aigue : 1ml/5kg 4 fois par jour pendant 8 jours, renouvelable.
                             Chronique ou entretien : Titrer: de 1ml/5kg à 1ml/40kg,  1 ou 2 fois par jour.
      Je donne rarement plus de 5ml par prise, si nécessaire, je préfère multiplier les prises.

    6. Pré-op et Post-op : Cassis, 1ml/5kg, 1 prise par jour pendant 6 à 8 jours, moitié avant, moitié après la chirurgie.

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Dr Christophe Vernet

 Scrofulaire

Scrofulaire

La composition chimique des parties aériennes de la Scrofulaire, Scrophularia nodosa est proche de celle de l’harpagophytum :

  • Flavonoïdes : diosmodide et diosmétine, linaroside, rhamnoside de l’acacétine (constituant de la propolis).
  • Acides phénols : dérivés des acides caféique, férulique, isoférulique, p-coumarinique, vanillique.
  • Iridoïdes : dérivés de l’harpagide, harpagoside, acétyl harpagide, aucubine, catalpol, 6 a-L rhamno-pyranosylcatalpol (catalpol et dérivés uniquement dans la racine).
  • Dérivés anthraquinoniques : rhéine. Saponosides.
  • Glucosides cardiotoniques de type cardénolide, communs à de nombreuses scofulariacées.
  • Oses : glucose, fructose, saccharose, raffinose, stachyose, dulcitol, pectine.
  • Vitamine C.

Les harpagosides, l’aucubine, et le mélange composite de dérivés phénolés agissent en synergie dans leurs actions anti-inflammatoires, analgésiques et anti-oxydantes.
Les iridoïdes (aucubosides, harpagosides) sont en effet des anti-inflammatoires majeurs à effet antalgique (anti-COX2, anti-LOX, métalloprotéases).

 

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Dr Christophe Vernet

 Reine des prés

Reine des prés

La Reine des prés (Spirea ulmaria) contient:

  • des Flavonoïdes (spiréoside, rutoside, quercétine, kaempférol, hyperoside),
  • des Acides phénols comme le Salicylate de méthyle et le salicoside, précurseur de l’acide salicylique
  • des Tanins hydrolysables  comme des esters ellagiques (Rugosine D).

C’est la plante « Aspirine » (Spiréa …) à action anti-inflammatoire.
Les salicosides sont métabolisés dans l’intestin en saligénine, transformée après absorption en acide salicylique (≠ acide acetylsalicylique Aspirine ND)) qui inhibe les COX (plutôt COX1).
Une flore digestive fonctionnelle est nécessaire pour bien métaboliser la reine des prés. Précautions chez le chat à cause des salicylés.

 

 

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DR CHRISTOPHE VERNET

 Curcuma

Curcuma

Le Curcuma (Curcuma longa) contient des Curcuminoïdes (polyphénols), qui ont:

  • un effet anti-inflammatoire (anti COX2, LOX, Inhibition NfKb, réduction des cytokines pro-inflammatoires (TNF-a)),
  • étoxifiant en phases I et II,
  • holagogue et cholérétique
  • mmunostimulant (macro et lympho).

     

 

 

 

 

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DR CHRISTOPHE VERNET

La Saule (Salix alba), et ses dérivés salicylés (saliciline, saligénine) et flavonoïdes, ont des effets:

  • anti-inflammatoire
  • antalgique
  • antipyrétique
  • antirhumatismal (activité anti-COX non-spécifique).
 Saule

Saule

 
 Prêle

Prêle

 Ortie

Ortie

 Echinacée

Echinacée

 

Sources :

Wamine : cours de base en phytothérapie : module 1/2/3, différents modules spécialisés :

Dr Claude FAIVRE

-Guide pratique de Phyto-Aromathérapie pour les animaux de compagnies

Dr Pierre MAY éditions MED’COM

-Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales

Jean BRUNETON Ed. LAVOISIER

-La Revue de Phytothérapie Ed. SPRINGER.