Complexe Gingivo-Stomatite Chronique Féline (CGSCF) et Phytothérapie

PAR CHRISTOPHE  VERNET
DMV
SECRETAIRE ASSOCIATION FRANCAISE
DES VETERINAIRES PHYTOTHERAPEUTES

 

Le complexe gingivo-stomatite chronique féline (CGSCF) est un ensemble d’affections et d’inflammations chroniques de la muqueuse buccale du chat.
Différemment nommé stomatite lympho-plasmocytaire, stomatite chronique ou stomatite granulomateuse, le CGSCF est généralement chronique et le plus souvent rebelle à tous traitements.
C’est un véritable défi thérapeutique pour le clinicien.


Caractéristiques cliniques

Les premiers symptômes sont généraux.  Le chat est douloureux et amaigri, il présente une dysorexie voire une anorexie, un ptyalisme et de l’ halitose ; il ne se toilette plus (le pelage devient sale). Et Il y a parfois hypertrophie des nœuds lymphatiques mandibulaires.

L’examen de la cavité buccale montre les gencives et les muqueuses jugales enflammées et ulcéreuses.
Une stomatite caudale (inflammation et lésions ulcéroprolifératives sur les muqueuses situées latéralement aux plis palatoglosses) est également régulièrement présente.
Une parodontite (destruction des structures de soutien des dents) plus ou moins importante peut être associée ainsi que des lésions de résorption dentaire.

Etiologie

L’étiologie fait probablement intervenir une composante  immunopathologique : la maladie est due à une réponse immunitaire inadaptée de la cavité buccale du chat face aux différentes agressions d'antigènes bactériens ou viraux comme le calicivirus félin, le FeLV , le FIV.


Caractéristiques biologiques

On retrouve dans les lésions les cytokines habituelles pro-inflammatoires (IFNγ, IL2, IL12, IL6) et anti-inflammatoires (IL10) ainsi que de nombreux lymphocytes (comme les LT CD8+, précurseurs des LT cytotoxiques) et des IgG, IgM et IgA dans le sang et la salive.

La réponse immunitaire habituelle qui est soit de type Th1 soit Th2, dépend à la fois de l’agent contre lequel est dirigée la réponse (virus, bactérie intracellulaire, bactérie extracellulaire) et du tissu dans lequel elle est mise en place.
Cette réponse immunitaire ne peut pas être mixte car les cytokines de la réponse Th1 inhibent la réponse Th2, et vice versa.

Plusieurs éléments permettent d’affirmer que la réponse immunitaire mise en place dans les lésions du CGSCF est de type Th1, à la fois cellulaire (LT cytotoxiques) et humorale (IgG et IgM). Mais c’est une réponse inadaptée dans les muqueuses car les LT cytotoxiques dégradent l’épithélium mucosal, provoquant l’exposition de la muqueuse à un nombre croissant d’antigène, aboutissant à l’exacerbation de la réponse immunitaire.
De plus, les IgG et IgM, qui sont pro-inflammatoires, activent le complément, favorisant le développement d’une réaction inflammatoire non spécifique importante, aboutissant elle aussi à la dégradation de l’épithélium mucosal.

La réponse adaptée aux muqueuses devrait être de type Th2.
C’est une réponse uniquement humorale, qui fait appel aux IgA. Ces Ig sont capables de rejeter les agents bactériens et viraux hors de l’organisme tout en préservant l’intégrité de l’épithélium mucosal.

De ce fait, les lésions observées peuvent être hyperplasiques (due à cette réponse inflammatoire réparatrice exacerbée), ou ulcéreuses (destruction de l’épithélium mucosal).


Stratégie Thérapeutique

La stratégie thérapeutique consiste à diminuer la réaction inflammatoire et soulager le système immunitaire.

La prise en charge thérapeutique est multiple : en allopathie nous utiliserons des anti-inflammatoires (AINS, AIS), des antibiotiques, de l’interféron oméga félin.

                              Administration sub-linguale de buprénorphine

                             Administration sub-linguale de buprénorphine

         Photo Philippe Hennet

        Photo Philippe Hennet

La douleur sera prise en charge plus spécifiquement par l’administration
de morphiniques.

 

La chirurgie dentaire pourra intervenir pour essayer d’éliminer toute stimulation antigénique d’origine odonclastique …

Si possible une hygiène locale pourra être mise en place par application de gel désinfectant.

Le Laser aidera sur la réduction de l’inflammation buccale.

Et enfin la phytothérapie s’inscrit dans une possibilité complémentaire non négligeable.


Approche en phytothérapie

On utilisera des EPS (MPUP en préparation magistrale) en cherchant un effet « local », l’animal ne devant pas si possible avaler le mélange EPS immédiatement : on cherchera à recouvrir et à déposer les principes actifs directement sur les lésions des muqueuses buccales.
La solution sera donnée pure, en toute petite quantité mais en multipliant les prises journalières.


Principales plantes utilisables lors de CGSCF

Le phytoscreening privilégiera les plantes à visée anti-inflammatoire, antivirales et antibactériennes, décongestionnantes, cicatrisantes, et bien sur immunomodulatrices ….

Cinq plantes sortent du lot.

Le Cyprès dont on utilise les cônes contient des tanins (pro-anthocyanidines) qui ont une action antivirale : un effet virucide (lyse de la capside) et virostatique (empêche la fixation en détruisant les récepteurs membranaires), doublé d’un effet protecteur du tissu conjonctif par inhibitions des élastases et collagènases.

 

La racine de Réglisse contient des flavonoïdes (liquiritosides, chalcones) et des saponosides (glycyrhizzine qui hydrolysée donne l’acide glycyrrhétique).
Ces principes actifsstimule l'immunité cellulaire, augmente la phagocytose des macrophages, l'activité des lymphocytes NK, ainsi que lasynthèse de IL1 et des interférons.
La réglisse est donc antibactérienne et antivirale, anti-inflammatoire et antioxydant.
C’est une plante immunomodulatrice majeure, immunosupressive en évitant l’emballement immunitaire et immunostimulante en favorisant la phagocytose et les IL1 !

 

Le Cassis (les feuilles en phytopthérapie) est composé principalement d’oligomères pro-anthocyanidiques (prodelphinides) dont l’activité est inhibitrice des enzymes délétères des tissus inflammatoires (LOX, COX, histidine, décarboxylases, élastases, collagénases).
Le cassis est riche en flavonoïdes (Quercetol, kaempferol, rutine) anti-inflammatoires par inhibition du TNFa, d’IL1, d’IL8, et du NFkpB et anti-oxydants. C’est la plante majeure de l’inflammation.

 

Le Sureau contient des anthocyanes qui diminuent l’adhésion bactérienne et virale, desflavonoïdes (hétérosides du quercetol) anti-inflammatoires, protecteurs vasculaires, à propriété antivirale et immunomodulante, ainsi que des saponosides triterpèniques à protecteur du tissu conjonctif.


La Canneberge (le fruit) contient des acides organiques (malique, oxalique) acidifiants, des flavonoïdes antiradicalaires et antioxydants, des anthocyanes à protection vasculaire, des proanthocyanidines anti-adhésines bactériennes, anti inflammatoires et antivirales, des tanins galliques (acide ellagique) protecteurs cellulaires, aisni que des sucres (fructose -D mannose) qui favorisent l’élimination des bactéries.
La canneberge est bien sur utilisée en pathologie urinaire grâce à sa capacité anti-adhésine des Proanthocyanides qui se fixent à la place des colibacilles, proteus, pseudomonas et klebsiella et du fructose qui inhibe le biofilm bactérien.
Mais des composés non définis, les NDM (Non Dialysable Material), permettent l’inhibition de l’adhérence de Helicobacter pylori au niveau digestif ainsi que l’inhibition de la plaque dentaire et du biofilm dentaire.


Protocole

On commencera par choisir parmi les EPS précédents 2 ou 3 plantes.
Habituellement le réglisse et le cassis seront des choix prioritaires, la canneberge et le cyprès en complément selon la clinique ainsi que le sureau.
En phase aiguë le protocole consiste à administrer 0,1 à 0.2 ml du mélange EPS pur plusieurs fois par jour (8 à 9 fois) pendant 2 à 3 jours. 
Si l’animal n’est malheureusement pas coopératif ou si le propriétaire ne se sent pas la possibilité d’administrer la solution lui-même, l'hospitalisation de l’animal est obligatoire.
Ensuite, dès l'amélioration de l'inflammation constatée (reprise de l'alimentation et douleur moindre), on espacera les prises à 3 à 4 fois par jour du même mélange, durant au moins 7 jours. 
L'objectif sera ensuite de "contrôler l'inflammation" par une administration continu des EPS sans arrêt, une à deux fois par jour. On pourra en profiter pour moduler la composition du mélange pour répondre au mieux aux symptômes résiduels.
Il est habituel que les propriétaires finissent par donner la solution d’EPS seulement 2 fois par semaine.
On peut ainsi réguler toute reprise de l’inflammation.

Il faudra associer à ce traitement une prise régulière de probiotiques, type Flore Equilibre ND (Wamine) à la dose de 1 gélule par jour, directement dans la gueule de l’animal si cela est possible, afin de "réensemencer une bonne flore / biofilm bactérien buccal".

L’aide de calendula en granule et d'un gel d’aloé vera peut aussi être précieux dans la gestion de l’inflammation, des saignements et de la douleur dans la première phase du traitement, surtout si l'animal est hospitalisé.


Sources :

Wamine – Cours de Base en phytothérapie 1/2/3 - Dr Claude Faivre

Dr Patrick CONESA, AFVP (Article semaine véto)

Guide Pratique de phyto-aromathérapie MedCom Dr Pierre May

Damien Medan, Dr Guy Camy ; Le Complexe gingivo-stomatite chronique féline : aspects immunopathologiques.

http://www.vetup.com/articles-veterinaires/88-clinique-veterinaire-advetia/352-chroniques-felines (Stomatites chroniques félines : une meilleure compréhension) Philippe Hennet, 
D.V., Dipl. AVDC, Dipl. EVDC: LE MÉDECIN VÉTÉRINAIRE DU QUÉBEC Volume 36, No 3 • 2006-2007