Les différentes races de chiens diffèrent-elles en termes de sensibilité à la douleur ? Qu’en pensent les vétérinaires et propriétaires ?

15 octobre 2020

Les différentes races de chiens diffèrent-elles en termes de sensibilité à la douleur ?
Qu’en pensent les vétérinaires et propriétaires ?

Margaret E. Gruen, Philip White, Brian Hare. Do dog breeds differ in pain sensitivity? Veterinarians and the public believe they do.Plos One Published: March 17, 2020; traduction française et interprétation Amandine Bouvier

Résumé de l’article

Face à la douleur, les humains ne réagissent pas tous de la même manière. Leurs capacités physiques, tout comme leur vécu, interfèrent dans la sensibilité de chacun face à la douleur. Une étude américaine a choisi d’étudier si cette différence de ressenti pouvait également interférer avec leur évaluation sur la sensibilité douloureuse entre différentes races de chiens. Il a alors été démontré que, bien qu’aucune base physiologique sur une différence raciale ne soit connue à ce jour, plus de 90% des répondants du grand public et des vétérinaires croient en une différence de sensibilité et de réaction à la douleur entre les races de chiens. Tous évaluent les petits chiens (alliant à la fois poids léger et petite taille) comme étant plus sensibles à la douleur. Le grand public évalue également les chiens de catégories comme étant moins sensibles à la douleur, tout comme les chiens, au sein d’une même race, ayant une robe foncée. Les avis diffèrent concernant les races Berger Allemand et Husky de Sibérie. En effet, les vétérinaires les considèrent plus sensibles à la douleur alors que le grand public les évalue au contraire comme moins sensibles.

Enfin, d’après les répondants, différents facteurs pourraient influencer la sensibilité à la douleur comme l’environnement de développement et l’épaisseur de la peau d’après le grand public ou encore le caractère du chien selon les vétérinaires. L’ensemble de cette étude pousse à la réflexion quant à une théorie de discrimination sociale humaine. Elle pose également la question, au vue de la différence de perception entre les races dans la sensibilité à la douleur, de l’égalité de reconnaissance et de gestion des situations douloureuses chez les chiens. 

Les humains ne répondent pas tous de la même manière à la douleur. En effet, les caractéristiques physiques et les antécédents psychologiques des individus interfèrent dans la sensibilité de chacun face à la douleur. Il est alors possible de se demander si une réponse différentielle similaire serait possible lorsque les hommes évaluent la douleur sur des individus d’une autre espèce. Chez les chiens de compagnie (Canis familiaris), leur grande diversité raciale, tant par leur taille, leur poids et leur robe, que par les différents stéréotypes comportementaux associés, conduisent à des idées qui diffèrent sur la variabilité de la sensibilité à la douleur de ces multiples races.
Une étude online américaine, ouverte au grand public, ainsi qu’aux vétérinaires, a permis aux répondants d’évaluer leur ressenti sur la sensibilité à la douleur de 28 races de chiens différentes, identifiées uniquement sur photo. Bien que l’allure générale des chiens sélectionnés ait été standardisée, certaines races ont été représentées en variant la couleur de la robe.

Bien qu’il n’y ait actuellement aucune base physiologique connue pour de telles différences entre les races, plus de 90% des répondants des deux groupes ont indiqué croire en des différences de sensibilité et de réaction à la douleur entre les races de chiens. Cependant, ces différences de sensibilité à la douleur n’ont pas toujours été ressenties de la même manière entre le grand publique et les vétérinaires.

Dans l’ensemble (Annexe : Figure 1),

• Tous évaluent les petits chiens (alliant à la fois poids léger et petite taille) comme étant plus sensibles à la douleur. 

• Les répondants du grand public ont évalué les chiens de catégories (soumis à une législation) comme étant moins sensibles à la douleur. 

• Les ressentis pour les races Berger Allemand et Husky de Sibérie sont significativement opposés entre l’avis du grand public et celui des vétérinaires. En effet, alors que le grand public estime que ces deux races sont moins sensibles à la douleur, les vétérinaires les évaluent, au contraire, comme plus sensible à la douleur. 

• Les répondants du grand public ont également tendance à considérer, dans une même race, les chiens aux robes foncées comme étant moins sensibles à la douleur que ceux aux robes plus claires.

Une étude plus poussée des résultats a également mis en évidence que bien que les deux groupes aient attribué une importance de la génétique dans la sensibilité des chiens à la douleur, le grand public considère que l’environnement de développement et l’épaisseur de la peau sont des facteurs additionnels pouvant influencer ce ressenti, alors que les vétérinaires accordent plus d’influence aux tempéraments de l’animal.

L’ensemble de ces résultats poussent à la discussion sur des théories de discrimination sociale humaine et suggèrent que la perception de différences, entre les races, dans la sensibilité à la douleur pourrait affecter la reconnaissance et la gestion des situations douloureuses chez les chiens.

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