Efficacité analgésique et sécurité d’utilisation de la buprénorphine chez le chinchilla.

19 mai 2021

Efficacité analgésique et sécurité d’utilisation de la buprénorphine
chez le chinchilla.

Fox L, Mans C. Analgesic Efficacy and Safety of Buprenorphine in Chinchillas (Chinchilla lanigera). J Am Assoc Lab Anim Sci. 2018;57(3):286-290.

Introduction

Le chinchilla est un animal de compagnie qui est régulièrement vu en consultation. Parmi les pathologies communes du chinchilla, on retrouve les traumatismes et les dystocies ce qui nécessite des traitements chirurgicaux et la mise en place d’analgésie. La buprénorphine est l’analgésique opioïde le plus utilisé chez le chinchilla de par sa relative longue durée d’action. Parmi les rongeurs, des données concernant l’utilisation de cette molécule ont été validées chez le rat et la souris, mais pas chez le chinchilla. Par extrapolation, il était recommandé chez cette espèce d’administrer 0.01 à 0.05mg/kg toutes les 6 à 12 heures. La buprénorphine est souvent utilisée chez les rongeurs car elle engendre moins d’effets secondaires cardio-respiratoires que d’autres opioïdes. Les effets secondaires décrits chez les rongeurs sont un ralentissement du péristaltisme gastro-intestinal, un comportement de pica, des hyperalgésies rebonds.
L’objectif de cette étude est d’investiguer les effets analgésiques de la buprénorphine et d’en étudier les effets secondaires.

Matériel et méthodes

Un appareil de Hargreaves (faisceau infrarouge appliqué sur face plantaire ou palmaire de la patte) fut utilisé pour infliger le stimulus douloureux. Les animaux furent habitués à cet appareil 15 minutes par jour pendant deux semaines. Ceci permit de calculer le référentiel du temps de retrait du membre antérieur suite au stimulus douloureux sur sa face palmaire. Treize chinchillas ont reçu selon un modèle croisé randomisé en aveugle 0,05mg/kg SC, 0,1mg/kg SC, 0,2mg/kg SC et du NaCl pour le groupe placebo. Le temps de latence de retrait du membre antérieur, après application du faisceau infrarouge fut calculé à 0, 3, 6, 10 et 24h après injection. La consommation de nourriture, la production de selles, et le poids furent mesurés le jour avant la manipulation et toutes les six heures après injection.

Un deuxième appareil fut testé dans un second temps sur 11 chinchillas. Cet appareil produisait aussi un faisceau infrarouge, mais il était possible d’orienter ce dernier grâce à un miroir ce qui a permis de positionner le faisceau de manière à stimuler la face plantaire du membre postérieur. La dose de 0,2mg/kg SC de buprénorphine fut testée en la comparant à une injection de NaCl selon un modèle croisé randomisé en aveugle. Le temps de latence de retrait du membre fut mesuré à 0, 1, 2, 4, 6, et 8h après l’injection. Le poids, la prise alimentaire et la production de selles furent mesurés pendant un jour avant et 6 jours après l’injection de buprénorphine.

Une troisième manipulation a été réalisée dans le but d’évaluer les effets secondaires d’injections répétées de buprénorphine sur le transit des chinchillas sans les soumettre à une stimulation thermique. 8 chinchillas ont reçu 0,2mg/kg SC de buprénorphine, ou du NaCl toutes les 6 heures pour un total de 3 doses. Un jour avant la première injection et durant 6 jours, la prise alimentaire, le poids et la production de selles des animaux furent notés.

Résultats :

Avec le premier appareil utilisé, il n’y a pas eu de différence significative dans la latence de retrait du membre entre le groupe témoin et les groupes ayant reçu 0,05 et 0,1 mg/kg de buprénorphine. Cependant l’injection de 0,2mg/kg de buprénorphine a augmenté la latence de retrait du membre à partir de 3h post injection.

Lors de l’utilisation du deuxième appareil, l’injection de 0,2mg/kg de buprénorphine a fait effet 2 heures après injection et son effet a diminué à partir de 4 heures après injection.

La prise alimentaire n’a pas été réduite ni à 0,05mg/kg ni à 0,1mg/kg. Cependant elle a été réduite lors d’injection de 0,2mg/kg durant les 24 première heures (25% + 19% versus 9 + 7% dans le groupe témoin). Les chinchillas qui ont reçu 3 doses de 0,2mg/kg toutes les 6 heures et qui n’ont pas eu de stimulation thermique n’ont pas eu de réduction de leur prise alimentaire.

La buprénorphine a réduit de manière dose dépendante la production de selles chez tous les chinchillas ayant reçu une injection de buprénorphine. Chez le groupe traité à 0,2mg/kg cette réduction était de 29% + 17% par rapport à 5% + 15% chez le groupe contrôle. Pour le groupe ayant reçu 3 injections de buprénorphine à 6 heures d’intervalle, la réduction de production de selles était de 12,5% + 20% uniquement sur les 24 premières heures.

Le poids des animaux n’a pas varié de manière significative lors d’aucune des manipulations.

Discussion :

Dans cette étude les doses de 0,05 et de 0,1 mg/kg n’ont pas eu d’effet analgésique. La dose de 0,2 mg/kg SC a permis d’obtenir une analgésie. Ce résultat est cohérent avec une étude chez le cobaye (espèce la plus proche étudiée) qui montre qu’il faut réaliser une injection de 0,2mg/kg IV pour atteindre les concentrations plasmatiques qui sont analgésiques chez les autres espèces. De nombreux modèles de stimulation nociceptive ont été étudiés chez les rongeurs (majoritairement rats et souris). Si ce modèle de stimulation thermique a été validé chez plusieurs espèces de rongeurs, celui-ci aurait tendance à surestimer les doses nécessaires d’analgésiques pour obtenir une analgésie dans un contexte clinique. Une dose inférieure à 0,2mg/kg de buprénorphine pourrait être analgésique lors d’une douleur viscérale par exemple.

La durée des effets de la buprénorphine est considérée comme relativement longue chez les rongeurs. Cependant, cette étude montre que son effet diminue fortement 4 heures après l’injection. Ce résultat est en adéquation avec une étude chez le cobaye, utilisant un modèle nociceptif par pression sur la face plantaire du membre et montrant que l’effet de la buprénorphine ne durerait que 3 heures. Chez la souris, l’analgésie de cette molécule ne durerait que 5 heures. 

La buprénorphine possède globalement un indice thérapeutique haut, et le ratio dose létale – dose efficace est au moins trois fois plus grand qu’avec la morphine. Dans cette étude la dose répétée de 0,2mg/kg n’a ni affecté le poids, ni affecté la prise alimentaire, mais a par contre entrainé une diminution de la production de selles. Ceci est vraisemblablement dû au fait que la buprénorphine a entrainé un ralentissement du péristaltisme. Cependant dans cette étude aucun animal n’a nécessité un traitement pour stimuler le transit et la production de selles est redevenue normale 24 heures après l’arrêt du traitement.

Conclusion et pertinence clinique : 

A retenir

La buprénorphine injectée par voie sous cutanée dosée à 0,2mg/kg SC permet d’obtenir une analgésie suite à un stimulus thermique jusqu’à 4h après injection ce qui n’est pas le cas pour des doses inférieures. Les injections répétées trois fois à 0,2mg/kg toutes les 6 heures diminuent la production de selles (12,5% + 20%), mais ne diminuent pas la prise alimentaire et n’ont pas d’effet sur le poids.

Pour aller plus loin : 

Barrot M. 2012. Tests and models of nociception and pain in rodents. Neuroscience 211:39–50.

Bourque SL, Adams MA, Nakatsu K, Winterborn A. 2010. Comparison of buprenorphine and meloxicam for postsurgical analgesia in rats: effects on body weight, locomotor activity, and hemodynamic parameters. J Am Assoc Lab Anim Sci 49:617–622.

Christoph T, Kogel B, Schiene K, Meen M, De Vry J, Friderichs E. 2005. Broad analgesic profile of buprenorphine in rodent models of acute and chronic pain. Eur J Pharmacol 507:87–98.

Sadar MJ, Knych H, Drazenovich TL Paul-Murphy JR. 2018. Pharmacokinetics of buprenorphine after intravenous and oral transmucosal administration in guinea pigs (Cavia porcellus). Am J Vet Res 79:260–266.

Saunders R, Harvey L. 2012. Anaesthesia and analgesia in chinchillas. In Pract 34:34–43.

Smith BJ, Wegenast DJ, Hansen RJ, Hess AM, Kendall LV. 2016. Pharmacokinetics and paw withdrawal pressure in female guinea pigs (Cavia porcellus) treated with sustained-release buprenorphine and buprenorphine hydrochloride. J Am Assoc Lab Anim Sci 55:789–793.

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