Évaluation de l’action analgésique d’agonistes-antagonistes opioïdes chez le lapin

9 juin 2021

Évaluation de l’action analgésique d’agonistes-antagonistes opioïdes chez le lapin.

Flecknell PA, Hiles JH. Assessment of the analgesic action of opioid agonist-antagonists in the rabbit. Journal of the Association of Veterinary Anaesthetists of Great Britain and Ireland. 1990;17(1):24-29.

Introduction

Le lapin est un animal de laboratoire très largement utilisé et un animal de compagnie dont la présence en consultations vétérinaires ne fait que croitre. Dans les deux cas, des procédures chirurgicales sont réalisées sur les lapins et une prise en charge analgésique est nécessaire. Des données concernant l’efficacité des agonistes opioïdes (morphine, péthidine, fentanyl, alfentanyl) et des agonistes partiels (pentazocine, cyclazocine) ont été publiées, chez le lapin de laboratoire, mais peu de données existent concernant les agonistes-antagonistes.

Matériel et méthodes

Vingt lapins blanc néozélandais de laboratoire furent utilisés pour cette étude. Les lapins reçurent de la buprénorphine (0,0075mg/kg, 0,015mg/kg, 0,03 mg/kg, 0,06mg/kg, 0,12mg/kg et 0,3mg/kg) IV, du butorphanol (0,1mg/kg, 0,25mg/kg, 0,5mg/kg, 1,5mg/kg) IV, de la nalbuphine (1mg/kg, 2mg/kg, 4mg/kg, 10mg/kg) IV, du pentazocine (1 mg/kg, 2.5mg/kg, 5mg/kg) IV, ou du NaCl. Chaque traitement fut administré en aveugle à un groupe de 5 animaux.

Un algésimètre thermique fut utilisé pour évaluer l’efficacité des molécules utilisées. Pour ce faire les poils au niveau du dos des lapins étaient tondus, l’algésimètre était positionné au-dessus des animaux dans leur cage, émettait un stimulus thermique et la contraction de la peau au point stimulé était considéré comme une réponse douloureuse.

La fréquence respiratoire, le degré de sédation, et le niveau d’activité furent enregistrés avant et après administration des molécules.

Résultats

Quelles que soit les doses utilisées, la buprénorphine a engendré un délai dans la contraction de la peau par rapport au lot témoin. L’augmentation de la dose administrée n’a eu que peu d’effets sur l’analgésie engendrée (effet plateau à partir de 0.06mg/kg). Mais une dose plus forte entrainait une analgésie plus longue. L’analgésie était présente à partir de 30 minutes. Elle durait entre 150 minutes (0,0075mg/kg) et plus de 13 heures (0,3mg/kg). La fréquence respiratoire a légèrement diminué pour les doses de 0,015, 0,06, et 0,03mg/kg et il n’y a pas eu d’effet significatif sur le degré d’activité des lapins

Le butorphanol a augmenté le délai de réponse de la contraction de la peau pour toutes les doses mais sur une durée plus courte. Une augmentation de la dose a permis une augmentation de la durée de l’analgésie mais pas de l’efficacité de l’analgésie. L’analgésie était présente à partir de 15 minutes. Elle durait entre 90 minutes (0,1mg/kg) et plus de 120 minutes (1,5mg/kg). La fréquence respiratoire a diminué de manière significative à la dose de 1,5mg/kg pendant 10 heures, et une sédation pendant 1h30 était présente.

La Nalbuphine n’a pas produit d’effet analgésique significatif à 1mg/kg, de même que la pentazocine à la même dose. Par contre, la pentazocine à la dose de 2,5 et 5mg/kg a eu un effet analgésique significatif durant 90 et 150 minutes respectivement. Les deux molécules n’ont pas eu d’effet dépresseur respiratoire mais ont eu de légers effets sédatifs aux doses plus élevées.

Discussion

L’ensemble des produits utilisés dans cette études ont produit en fonction des doses utilisées une analgésie. Mais l’analgésie était moins forte que celle procurée par du fentanyl suivant le même modèle expérimental chez le lapin. Cette étude semble montrer que la dose de 0,06 mg/kg de buprénorphine procure un pic d’analgésie similaire à une injection de 0,5mg/kg de butorphanol. Cependant, l’analgésie dure 9 heures avec la buprénorphine et seulement 2 heures avec le butorphanol.

Le modèle expérimental de stimulus thermique a été choisi dans cette étude car il était moins contraignant et moins stressant pour les animaux que d’autres modèles. Cependant, les animaux étant libre de déplacement dans leur cage, et le rayon irradiant étant maintenu à la main, ce modèle peut engendrer des fluctuations dans l’intensité des stimulus thermiques. De plus la douleur engendrée par un stimulus thermique cutané est différente de la douleur viscérale qui représente la principale douleur rencontrée en clinique chez le lapin. Il est aussi à noter que la voie intraveineuse est peu utilisée en pratique et qu’il aurait été intéressant d’étudier l’efficacité de ces molécules suite à leur administration par d’autres voies (SC, IM).

Cette étude montre que l’augmentation de la dose utilisée permet d’augmenter la durée d’action de la buprénorphine. C’est cette propriété qui a conduit à la mise au point de formes de buprénorphines dites retard mais qui sont en fait des produits plus concentrés. Ces produits ne sont malheureusement disponibles qu’en Amérique du Nord. Il est important de noter que la buprénorphine possède un délai d’action retardé (30 minutes dans cette étude). Cette molécule ne se prête donc pas à une utilisation de douleur aigue dans une situation d’urgence. Dans un contexte péri-opératoire, il faudra anticiper son utilisation.

Au cours de cette étude, il a été observé une apparente diminution de l’efficacité analgésique du butorphanol et de la nalbutamine dans le cadre d’administration de doses élevées. Ceci a été décrit chez d’autres espèces (chat et brebis). Les effets sédatifs n’ont été objectivés qu’avec le butorphanol à haute dose.

Les agonistes purs µ sont connus comme engendrant des dépressions respiratoires doses dépendantes. D’après cette étude, et aux doses étudiées il semblerait que l’utilisation des agonistes-antagonistes n’engendre pas ces effets secondaires à un niveau cliniquement significatif.

A retenir

La buprénorphine et le butorphanol sont des molécules analgésiques chez le lapin respectivement aux intervalles de doses de 0,0075-0,3mg/kg et 0,1-1,5mg/kg par voie intra veineuse. Les doses les plus efficaces lors de stimulus cutanés thermiques sont de 0,06mg/kg pour la buprénorphine et de 0,5mg/kg pour le butorphanol. Selon ce modèle, les effets de la buprénorphine apparaissent au bout de 30 minutes et durent 9 heures. Quant aux effets du butophanol ils apparaissent au bout de 15 minutes et durent 2 heures.

 

Pour aller plus loin

 

Barter LS (2011) Rabbit analgesia. Vet Clin North Am Exot Anim Pract 14, 93-104.

 

Clark JA, Myers PH, Goelz JE, Thigpen JE, Forsythe DB. 1997. Pica behavior associated with buprenorphine administration in the rat. Lab Anim Sci 47:300–303.

 

Cooper CS, Metcalf-Pate KA, Barat CE et al. (2009) Comparison of side effects between buprenorphine and meloxicam used postoperatively in Dutch belted rabbits (Oryctolagus cuniculus). J Am Assoc Lab Anim Sci 48, 279-285.

 

Flecknell P. (2001) Analgesia of Small Mammals. Veterinary Clinics of North America: Exotic Animal Practice, 4 (1), 47–56.

 

Galligan JJ, Burks TF. 1983. Centrally mediated inhibition of small intestinal transit and motility by morphine in the rat. J Pharmacol Exp Ther 226:356–361.

 

Jablonski P, Howden BO, Baxter K. 2001. Influence of buprenorphine analgesia on postoperative recovery in two strains of rats. Lab Anim 35:213–222.

 

Shafford HL, Schadt JC. 2008. Effect of buprenorphine on the cardiovascular and respiratory response to visceral pain in conscious rabbits. Vet Anaesth Analg 35:333–340.

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